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Nord Stream, un procès qui met Berlin dans l’embarras

Un ancien commandant ukrainien de 50 ans s’est assis sur le banc des accusés à Hambourg pour le sabotage des gazoducs germano-russes. Extradé d’Italie…

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Nord Stream, un procès qui met Berlin dans l'embarras

Un ancien commandant ukrainien de 50 ans s’est assis sur le banc des accusés à Hambourg pour le sabotage des gazoducs germano-russes. Extradé d’Italie vers l’Allemagne, l’homme est soupçonné d’avoir dirigé un commando de plongeurs chargés de poser des explosifs sur les conduites.

Le tribunal de Hambourg a ouvert le dossier le plus sensible d’Europe sur les gazoducs Nord Stream. Serguiï Kuznietsov, 50 ans, ancien commandant de l’armée ukrainienne, est le premier à comparaître. Il lui est reproché d’avoir conçu, avec d’autres militaires et à la demande des autorités de Kiev, un plan destiné à détruire ces infrastructures énergétiques. L’accusation est lourde. Il a commis un crime de guerre en attaquant, au moyen de moyens militaires, des infrastructures civiles, a lancé le procureur Stefan Schmidt en lisant l’acte d’accusation. Vêtu d’un costume gris, d’une chemise blanche et d’une cravate, l’homme est entré dans la salle avec le sourire.

Son avocat, Nicola Canestrini, a rappelé que son statut d’officier lui impose un devoir de réserve et de confidentialité, ce qui l’empêche de s’exprimer sur certains aspects du dossier. Il doit se défendre avec les mains liées dans le dos, a-t-il insisté, avant de soutenir que la Russie commet des crimes de guerre dans ce conflit et que Gazprom, le géant russe qui contrôle les gazoducs, y a pris sa part. Pour la défense, Moscou se servait de ces tuyaux comme d’une arme, afin de faire peser des pressions politiques et économiques sur ses partenaires.

À l’extérieur, quelques dizaines de manifestants hostiles à Moscou ont brandi des banderoles affirmant que la Russie est un État terroriste, ainsi que des drapeaux européens. L’accusé avait été interpellé le 21 août 2025 en Italie, où il passait des vacances avec sa famille, puis remis à l’Allemagne le mois suivant.

Les enquêteurs allemands le soupçonnent d’avoir piloté un commando formé de plongeurs professionnels, d’un artificier et d’un skipper. Arrivé en Allemagne au début de septembre 2022 muni d’un faux passeport ukrainien, il aurait rejoint ses complices à Rostock, port de la Baltique, à bord d’un voilier loué. Le groupe aurait ensuite acheminé un puissant explosif militaire jusqu’aux abords de l’île danoise de Bornholm, où des charges à retardement auraient été fixées sur les gazoducs avant d’exploser le 26 septembre 2022.

À ce moment-là, les deux conduites ne transportaient plus rien. Les autorités russes avaient déjà suspendu les livraisons via Nord Stream 1, vraisemblablement en réaction aux sanctions occidentales liées à la guerre en Ukraine, et Nord Stream 2, tout juste achevé, n’était jamais entré en service. L’opération, jamais revendiquée et longtemps nimbée de mystère, est survenue sept mois après l’invasion russe à grande échelle.

Pendant des années, plusieurs hypothèses de commanditaire ont circulé, la Russie elle-même, les États-Unis, très critiques envers des gazoducs qui accentuaient la dépendance européenne au gaz russe, et l’Ukraine. Le dossier place Berlin dans une position délicate, puisque l’Allemagne est le premier soutien militaire de Kiev et qu’elle se dit régulièrement victime de sabotages et d’espionnage russes sur son sol. Le gouvernement fédéral met en avant la séparation des pouvoirs et s’abstient de tout commentaire.

Kiev dément avoir orchestré l’attaque, sans dissimuler une certaine satisfaction, estimant légitime toute opération capable d’affaiblir les moyens dont dispose le Kremlin pour financer sa guerre. Un haut responsable ukrainien a assuré n’avoir aucune attente particulière. Côté russe, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a dit espérer une procédure objective et un verdict. Les audiences programmées à Hambourg s’étalent jusqu’en février, et une condamnation exposerait l’accusé à plusieurs années de prison.

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