Société
Quatre semaines de blocages et une lassitude qui gagne les rangs
La mobilisation lycéenne s’éternise et les soutiens s’effritent. Entre élèves privés de cours, parents excédés et personnels à bout, la méthode du blocage…


La mobilisation lycéenne s’éternise et les soutiens s’effritent. Entre élèves privés de cours, parents excédés et personnels à bout, la méthode du blocage divise désormais jusqu’à ses propres partisans.
Depuis bientôt un mois, les grilles de nombreux établissements restent closes. À Marseille, Lucas, 17 ans, a dû faire demi-tour devant le lycée Périer, dans le 8e arrondissement, un lundi matin comme les autres. Cet élève de Terminale ne sait plus combien de temps la situation va tenir. Ses parents, eux, espéraient une réouverture rapide à cause du bac qui approche. Leur inquiétude est loin d’être isolée.
À Paris, dans le 20e arrondissement, des parents de la cité scolaire Maurice Ravel sont venus à la rencontre des adolescents pour leur demander de lever le blocus. Gladys, mère d’une élève de première, se dit solidaire des revendications. Mais après quinze jours de blocage, elle estime que la stratégie a fait son temps. Pour elle, empêcher l’accès à un établissement relève d’un procédé antidémocratique. Si cette méthode a pu servir à marquer les esprits, elle la juge aujourd’hui largement instrumentalisée sur le plan politique, et redoute qu’elle ne pénalise d’abord les élèves les plus fragiles.
Florence, dont la fille est en première au lycée Voltaire, bloqué depuis deux semaines lui aussi, ne cache pas son agacement. Elle a manifesté dans sa vie, mais jamais en fermant des établissements. Elle pointe aussi les pressions subies par ceux qui veulent entrer, hués et parfois menacés. Sa fille, comme celle de Gladys, s’inquiète des heures de cours perdues et de l’absence de perspective sur une reprise normale.
À Marseille, Philippine, en terminale au lycée Lacordaire, comprend les revendications liées au manque de professeurs l’année du bac et à la vétusté des salles. Mais elle condamne la violence des blocages. Elle résume le paradoxe d’un mouvement qui réclame plus de moyens tout en brûlant des lycées. Le droit de manifester existe, rappelle-t-elle, mais le devoir d’assiduité n’est plus assuré, et barrer les portes porte atteinte à la liberté d’enseigner comme à celle d’étudier.
Dans le supérieur, la même colère monte. Clara Juillet, en première année de droit à Tours, n’a pas pu rejoindre sa fac depuis une semaine. Elle parle d’une honte de bloquer des étudiants qui veulent vraiment travailler, pour un mouvement auquel ils ne participent pas. Si elle comprend les revendications, elle juge les méthodes inacceptables et condamnables. Son ami Joaquim de Carvalho, 18 ans, étudiant en médecine, partage cet avis. Manifester, oui. Bloquer les universités, empêcher les gens de travailler, d’étudier et tout casser, non, cela lui semble inadmissible.
Chez les personnels de l’Éducation nationale, le ras-le-bol gagne aussi. Rémy Girard, président du syndicat Snalc, explique que beaucoup d’enseignants comprennent le fond des revendications, mais que la durée commence à peser. Violences, notamment envers les personnels, et dégradations nourrissent de vives inquiétudes. Karile Richard, proviseure de la cité scolaire Carnot à Paris et secrétaire générale adjointe d’ID-FO, décrit un épuisement après deux semaines de blocages. Présente chaque matin dès l’aube devant son établissement pour prévenir les débordements et sécuriser ses équipes, elle parle d’une vigilance de tous les instants et d’une exaspération grandissante chez ses confrères.
Sur les conséquences, elle se veut mesurée. Les heures perdues n’auront pas trop d’impact, selon elle, à condition qu’il n’y ait pas d’autres blocages. Une condition loin d’être acquise. Gladys s’alarme déjà de choses qui se préparent pour la rentrée.
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