Économie
Pour le FMI, la croissance ne suffira pas à sortir les États-Unis de la dette
La directrice générale du FMI estime que Washington n’échappera pas à des ajustements budgétaires pour maîtriser son endettement. Elle appelle aussi la…

La directrice générale du FMI estime que Washington n’échappera pas à des ajustements budgétaires pour maîtriser son endettement. Elle appelle aussi la Chine à miser davantage sur sa consommation intérieure plutôt que sur ses exportations.
Kristalina Georgieva a livré un constat sans détour. Pour la patronne du Fonds monétaire international, les États-Unis ne parviendront pas à sortir de leur spirale d’endettement grâce à la seule croissance économique. Il faudra, à un moment ou à un autre, passer par des ajustements budgétaires ou fiscaux. Un message lancé à l’occasion des réunions annuelles du FMI et de la Banque mondiale, organisées à Bangkok, et qui concerne tout autant l’autre géant de l’économie mondiale.
La Chine, justement, est invitée à revoir son modèle. Trop dépendante de ses exportations, elle doit s’appuyer davantage sur sa consommation intérieure, plaide la responsable. Les deux premières économies de la planète sont ainsi poussées à infléchir radicalement leur cap pour réduire leurs déséquilibres budgétaires et commerciaux. « Les pays excédentaires doivent augmenter leur consommation intérieure. Cela s’applique clairement au modèle de croissance de la Chine », a-t-elle insisté. Avant de résumer sa pensée en une phrase. « Pour le dire très simplement, la Chine doit dépenser davantage, les États-Unis doivent épargner davantage et l’Europe doit investir davantage. »
Le même ton d’alerte traverse le rapport Fiscal Monitor publié à cette occasion. Rodrigo Valdes, qui pilote les questions budgétaires au sein de l’institution, insiste sur un point. Tout retard pris dans les efforts d’assainissement rend la tâche plus ardue pour les années à venir. « Nous avons renforcé le caractère urgent de notre message », a-t-il déclaré. La flambée des rendements obligataires, selon lui, laisse aux gouvernements une marge de manœuvre très réduite. Et les résultats budgétaires de cette année sont pires que ce qui était anticipé six mois plus tôt, et pires qu’un an auparavant.
Kristalina Georgieva n’a pas épargné les pays riches. Elle a placé les économies avancées, États-Unis et pays européens en tête, parmi les « pires contrevenants » en matière d’endettement. La hausse des taux de référence pèse en cascade sur les pays à faibles revenus, déjà contraints à des efforts financiers pour tenir leur dette. Interrogée sur la nécessité d’une politique budgétaire plus restrictive à Washington, elle a rappelé que le secrétaire au Trésor américain, Scott Bessent, reconnaissait lui-même que les déficits et la dette des États-Unis étaient trop élevés et devaient être maîtrisés. « Les autorités comptent beaucoup sur une forte croissance aux États-Unis. Au FMI, nous estimons que la croissance aide bien sûr, mais qu’elle ne permet pas d’opérer les ajustements nécessaires assez rapidement », a-t-elle expliqué.
Les chiffres donnent la mesure du problème. La dette totale des États-Unis a dépassé pour la première fois les 40 000 milliards de dollars, soit environ 123 % du produit intérieur brut estimé pour 2026. La flambée des prix du pétrole dans le contexte de la guerre au Moyen-Orient, une demande d’investissement plus soutenue et l’essor plus rapide que prévu du secteur de l’intelligence artificielle ont propulsé les rendements souverains à long terme. La France, aux prises avec un déficit supérieur à 5 % du PIB, en a particulièrement souffert. Le rendement moyen des obligations d’État du G7 à dix ans a grimpé de plus de 110 points de base entre février et septembre, atteignant un sommet en près de vingt ans. Le FMI anticipe un coût moyen effectif du financement public à 3,7 % d’ici 2031, contre 2,3 % en 2021.
Fait notable, Scott Bessent ne fait pas le déplacement à Bangkok, alors que la campagne pour les élections de mi-mandat bat son plein et que les États-Unis assurent cette année la présidence du G20. Il a été le porte-parole principal de la politique économique de Donald Trump, défendant notamment les baisses d’impôts adoptées par les républicains, désormais sous pression pour conserver la majorité au Congrès. Les ministres des Finances du G20 se retrouvent en marge des réunions de Bangkok. Washington profite de sa présidence pour tenter de convaincre ses partenaires de durcir le ton face aux politiques économiques de Pékin, accusées d’alimenter une surcapacité industrielle et un afflux massif d’exportations chinoises.
Malgré ces tensions, le FMI table sur une croissance mondiale supérieure à 3 % en 2026, portée par les investissements dans l’intelligence artificielle, qui compensent le choc énergétique venu du Moyen-Orient. L’institution met toutefois en garde contre plusieurs menaces, une vague de ventes dans le secteur technologique, la hausse des rendements de la dette souveraine ou encore des cyberattaques.
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