Faits Divers
Après l’amputation d’Evan, sa famille réclame un juge et écarte toute vengeance
Le lycéen de 15 ans a été grièvement blessé à Lens en marge d’une manifestation, perdant sa main gauche et une partie de la droite. Sa famille a déposé…


Mis à jour le 14 octobre à 14h57
Le lycéen de 15 ans a été grièvement blessé à Lens en marge d’une manifestation, perdant sa main gauche et une partie de la droite. Sa famille a déposé une nouvelle plainte avec constitution de partie civile pour obtenir une enquête impartiale.
Mercredi, Me Bertrand Wattez, l’un des avocats de la famille, a annoncé le dépôt d’une plainte avec constitution de partie civile pour violences volontaires ayant entraîné une infirmité permanente. La démarche vise à contraindre un juge d’instruction à se saisir des faits, avec l’espoir, à terme, d’un procès devant les assises ou une cour criminelle. La famille se dit bouleversée et réclame une enquête sereine et impartiale. Elle ne crie pas vengeance, insiste son conseil.
Pour comprendre, il faut revenir à ce lundi 5 octobre. Evan, 15 ans, élève en seconde professionnelle, rêvait de devenir menuisier. Ce jour-là, il comptait se rendre en cours. En découvrant son lycée bloqué, il s’est mis à ramasser des débris laissés par les forces de l’ordre, rapporte son avocat. Son but, montrer à sa mère des preuves concrètes qu’il n’avait pas séché les cours. Puis une grenade a explosé.
Le jeune homme, toujours hospitalisé, a perdu sa main gauche et a été partiellement amputé de la main droite. Un détail que Me Wattez souligne avec insistance. Evan est droitier, et c’est pourtant sa main gauche qui a été arrachée. L’avocat martèle surtout que l’adolescent se trouvait à proximité de la grenade, sans avoir la moindre intention de s’en emparer.
Face à cette version, celle du procureur de Béthune diffère. Étienne Thieffry avait affirmé vendredi, avant l’audition du lycéen blessé, que l’ensemble des témoignages, à une exception près, convergent. La grenade, tirée à longue distance, aurait atterri au sol avant qu’un manifestant ne s’en empare, jusqu’à l’explosion. Une lecture que l’avocat juge à charge. Il redoute qu’elle laisse entendre que cet enfant est à l’origine de sa propre amputation et qu’elle prenne fait et cause pour la version des policiers.
La conférence de presse a aussi élargi le débat. Emmanuelle Jourdan-Chartier, vice-présidente de la Ligue des droits de l’Homme, a posé la question qui fâche. Pourquoi notre police dispose-t-elle d’armes de guerre, employées pour réprimer des manifestations d’enfants ?
Le dossier n’est pas isolé. D’autres lycéens ont été grièvement blessés, et leurs cas sont imputés aux forces de l’ordre. Depuis le début du mouvement de contestation de la jeunesse, à la mi-septembre, l’émotion est vive et les critiques sur les méthodes de maintien de l’ordre se multiplient. La mère d’Evan, entendue dans le cadre d’une enquête de l’IGPN, avait déjà déposé plainte de son côté. Le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a, lui, ordonné la semaine dernière la suspension de l’usage des grenades assourdissantes face à la mobilisation lycéenne.
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