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L’ombre du hantavirus plane sur un navire de croisière

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Un simple message reçu un week-end férié a déclenché une vaste opération sanitaire internationale. Une épidémie mortelle à bord du MV Hondius a révélé la présence d’un virus rare, obligeant les autorités à une course contre la montre pour identifier et contenir la menace.

C’est au cœur d’un week-end prolongé, un vendredi en Afrique du Sud, que Lucille Blumberg a reçu un signalement d’un confrère spécialiste des pathologies infectieuses. Ce message évoquait une maladie inconnue frappant les passagers d’un navire de croisière, le MV Hondius. Cette alerte a marqué le début d’une enquête sanitaire d’envergure, où la scientifique a joué un rôle central dans la collecte des prélèvements des personnes contaminées par l’hantavirus.

Les analyses de ces échantillons ont confirmé que cette affection rare était à l’origine d’une épidémie mortelle, déclenchant une alerte sanitaire internationale. Mme Blumberg, chercheuse à l’Institut national sud-africain des maladies transmissibles, a retracé pour l’AFP les origines de cette affaire, partie d’un courriel jugé alors anodin.

Son correspondant, consultant en santé pour les territoires britanniques d’outre-mer, lui apprenait qu’un ressortissant néerlandais était décédé à bord du navire le 11 avril. Son épouse, débarquée en Afrique du Sud quelques jours plus tard, avait été prise d’un malaise à l’aéroport de Johannesburg avant de succomber à l’hôpital, quinze jours après. Le même contact signalait également un Britannique, ancien passager du MV Hondius, souffrant d’une pneumonie sévère. Évacué à Johannesburg, il avait été placé en soins intensifs, mais tous les tests pour les maladies courantes sur les navires de croisière, comme la grippe ou la légionellose, s’étaient révélés négatifs.

Mme Blumberg a alors requis une nouvelle série d’analyses, demandant un prélèvement profond des voies respiratoires. Avec ses collègues de l’Institut, elle soupçonnait déjà l’hantavirus, car plusieurs passagers de la croisière avaient voyagé en Argentine et au Chili, régions où cette maladie est présente de manière permanente. Dès le samedi matin, elle a donc prescrit un test spécifique. Le résultat est tombé dans l’après-midi, provoquant une vive réaction chez le technicien qui l’a réalisé. Le test était positif. Pour lever tout doute, l’équipe a répété l’opération à plusieurs reprises.

L’Institut a alors immédiatement informé les hôpitaux et l’Organisation mondiale de la santé. La recherche des personnes ayant été en contact avec les malades a débuté sans attendre. Le dimanche matin, Mme Blumberg a repensé au cas de la passagère néerlandaise décédée. Elle s’est demandé si des prélèvements sanguins de cette dernière étaient encore disponibles. Les laboratoires ne conservent habituellement ces échantillons qu’une semaine, et plus de sept jours s’étaient écoulés depuis son décès. Par chance, ces échantillons étaient toujours présents, probablement en raison du jour férié du vendredi. La Néerlandaise est ainsi devenue le deuxième cas confirmé d’infection à l’hantavirus. Un troisième cas, débarqué du navire il y a deux semaines, est actuellement pris en charge à Zurich, ont annoncé les autorités suisses.

Au total, cinq autres cas suspects ont été recensés, avec deux décès, dont celui de la voyageuse néerlandaise. Les humains contractent généralement le hantavirus au contact de rongeurs infectés, le plus souvent via leur urine, leurs excréments ou leur salive. Les patients de Johannesburg et Zurich sont tous atteints de la souche Andes de l’hantavirus, la seule capable de se transmettre entre humains. Cette transmission reste toutefois peu fréquente, selon Mme Blumberg, qui n’a recensé que deux foyers épidémiques dans la littérature médicale, et jamais à bord d’un navire.

Manuel Schibler, responsable du laboratoire de virologie des hôpitaux universitaires de Genève et superviseur du cas zurichois, a indiqué que la prochaine étape consistera à séquencer l’intégralité du génome viral. Cette opération permettrait d’établir un lien avec la localisation géographique de la première personne infectée. De son côté, Mme Blumberg appelle à la patience, afin que les chercheurs puissent mener les tests nécessaires à la collecte d’informations solides, tout en saluant le travail déterminant de l’OMS dans la coordination des efforts.

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