Économie
Un équilibre diplomatique incertain entre Téhéran et Washington
Le président américain a évoqué la possibilité d’un règlement avec l’Iran tout en maintenant la pression militaire, tandis que les négociateurs iraniens dénoncent une tentative de capitulation.
Donald Trump a estimé, mercredi, qu’un accord de paix avec l’Iran était « très possible », tout en continuant d’agiter la menace d’une reprise des bombardements. Le principal représentant iranien a de son côté accusé Washington de vouloir obtenir la reddition du pays. « Nous avons eu d’excellentes discussions ces dernières vingt-quatre heures, et il est tout à fait envisageable que nous parvenions à un accord », a déclaré le président américain depuis le Bureau ovale.
Plus tôt dans la journée, le milliardaire républicain avait alterné entre propos apaisants et mises en garde. « Si l’Iran accepte les termes convenus, l’opération déjà célèbre baptisée +Fureur épique+ prendra fin », a-t-il écrit sur son réseau Truth Social. Il a toutefois prévenu que si Téhéran refusait, les frappes reprendraient avec une intensité bien supérieure à celle de la campagne américano-israélienne menée entre fin février et début avril.
Mohammad Bagher Ghalibaf, le négociateur iranien en chef, a estimé que Washington cherchait à briser la cohésion nationale par une nouvelle stratégie visant à imposer une reddition. La République islamique n’a cependant pas fermé la porte aux discussions. Le porte-parole de la diplomatie iranienne, Esmaïl Baghaï, a indiqué que Téhéran continuait d’examiner la proposition américaine.
Les marchés financiers ont choisi de miser sur une issue positive. Wall Street a clôturé en hausse de près de 2 %, dans le sillage de Bourses européennes euphoriques. Le baril de Brent est tombé à 101,27 dollars, loin des 126 dollars atteints quelques jours plus tôt. Mardi, M. Trump avait annoncé la suspension de l’opération américaine dans le détroit d’Ormuz, permettant à des centaines de navires bloqués dans le Golfe de franchir ce passage stratégique que Téhéran verrouille depuis le début du conflit.
Washington a toutefois maintenu le blocus des ports iraniens instauré le 13 avril. Le Pentagone a également signalé qu’un pétrolier iranien tentant de forcer le blocus avait été neutralisé au niveau de son gouvernail. Par ailleurs, le porte-avions français Charles-De-Gaulle devrait se positionner dans la région du Golfe, alors que la coalition menée par Paris se tient prête à sécuriser le détroit d’Ormuz en cas de règlement. Un porte-conteneurs de l’armateur CMA CGM a réussi à quitter le Golfe mercredi, selon une source maritime.
Le Premier ministre pakistanais, Shehbaz Sharif, dont le pays a accueilli des négociations directes infructueuses entre l’Iran et les États-Unis le 11 avril, a exprimé son espoir que la dynamique actuelle mène à une paix durable. En Israël, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a prévenu que son pays était prêt à tous les scénarios face à l’Iran, et que l’armée pouvait reprendre une opération d’envergure.
Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a multiplié les contacts diplomatiques. Après une visite en Chine, il a affirmé compter sur Pékin, principal acheteur du pétrole iranien, pour bâtir un nouvel ordre régional d’après-guerre alliant développement et sécurité. Son homologue chinois Wang Yi a réclamé un arrêt complet des hostilités et appelé les États-Unis et l’Iran à rouvrir le détroit d’Ormuz dans les plus brefs délais.
En Iran, la lassitude gagne une partie de la population. « Que vous soyez dans le pays ou à l’étranger, la pression psychologique est insoutenable. Tout le monde est déprimé et sans espoir à cause de ce jeu psychologique », a confié Azadeh, une traductrice de 43 ans jointe à Paris. Le lancement de l’opération américaine dans le détroit d’Ormuz lundi a été accompagné d’accrochages en mer et d’attaques contre les Émirats arabes unis attribuées à l’Iran, après plusieurs semaines de relative accalmie.
Sur le front libanais, M. Netanyahu a affirmé mercredi soir que l’armée avait visé un commandant de haut rang du Hezbollah pro-iranien à Beyrouth. Une source proche du Hezbollah a confirmé la mort de ce commandant lors de cette frappe, la première sur la banlieue sud de la capitale depuis le cessez-le-feu du 17 avril. Le ministère libanais de la Santé a également recensé quatre morts dans l’est du pays à la suite d’un bombardement israélien. Dans cette région et dans le sud du Liban, les affrontements entre Israël et le Hezbollah persistent malgré la trêve.
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