Économie
L’incertitude plane sur ArcelorMittal en France

Un rapport d’experts met en lumière des choix stratégiques contestables, tandis que la direction défend sa gestion face à un marché européen de l’acier en difficulté.
L’avenir des activités françaises du géant sidérurgique ArcelorMittal est jugé précaire par un cabinet d’expertise mandaté en interne. Selon les conclusions de ce document, les suppressions d’emplois envisagées ne suffiront pas à résoudre les difficultés structurelles que traverse l’entreprise. La direction, pour sa part, conteste fermement cette analyse et souligne les investissements réalisés ainsi que la dégradation du contexte économique.
Le rapport pointe une orientation stratégique ayant privilégié, ces dernières années, la redistribution de liquidités aux actionnaires plutôt que les investissements industriels. Entre 2020 et 2024, près de 13 milliards d’euros ont ainsi été alloués aux dividendes, pour 15,5 milliards consacrés aux investissements à l’échelle mondiale. Les experts estiment que cette priorité a nui à la modernisation des outils de production et à la maintenance des installations.
La direction rétorque qu’ArcelorMittal a malgré tout investi 1,7 milliard d’euros en France sur la même période. Elle invoque un marché européen de l’acier fragilisé par une demande atone et une concurrence accrue des importations à bas coût. Dans ce cadre, la réorganisation annoncée au printemps, qui prévoit plusieurs centaines de suppressions d’emplois, est présentée comme une adaptation nécessaire.
Le cabinet d’expertise relève toutefois que ces réductions d’effectifs ne généreraient que 37 millions d’euros d’économies, une somme jugée insuffisante au regard des enjeux. Il dénonce également une forme de précipitation dans le processus, estimant que la justification économique des licenciements reste peu convaincante. Selon les auteurs, sans investissements durables, notamment dans la décarbonation, la pérennité du groupe en France demeure compromise.
Parallèlement, des voix politiques s’élèvent pour proposer une nationalisation de l’entreprise. Une proposition de loi en ce sens doit être examinée à l’Assemblée nationale fin novembre, avec le soutien de plusieurs élus de gauche. Ce scénario est toutefois considéré comme peu probable, le gouvernement y étant opposé, de même qu’une majorité au Sénat qui a déjà rejeté un texte similaire. Pour l’exécutif, une reprise sous contrôle public n’apporterait pas de réponse aux défis structurels de la filière sidérurgique.

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