Société
L’immigration, un thème politique dont les candidats peinent à tirer profit

Au-delà du Rassemblement national, de nombreux prétendants à l’Élysée placent l’immigration au cœur de leur campagne. Pourtant, cette stratégie électorale s’avère rarement payante, selon les spécialistes de la vie politique.
Le sujet de l’immigration s’impose comme l’un des enjeux majeurs de la prochaine élection présidentielle, prévue au printemps 2027. Bruno Retailleau, candidat des Républicains, estimait récemment qu’il serait nécessaire de « renverser la table » pour reprendre le contrôle des flux migratoires. Si cette thématique paraît naturelle pour celui qui en a fait son cheval de bataille lors de son passage au ministère de l’Intérieur, elle ne lui est pas réservée.
Édouard Philippe, ancien Premier ministre et candidat déclaré sous la bannière d’Horizons, a plaidé en faveur d’un regroupement familial restreint et d’une immigration professionnelle « choisie et contrôlée ». À l’opposé de l’échiquier politique, François Ruffin a provoqué des remous à gauche en se déclarant hostile à l’immigration de travail, jugeant que la France n’avait pas besoin de recourir à des médecins étrangers. Cette prise de position lui a valu des critiques de la part de ses alliés de La France insoumise, qui défendent une politique migratoire « réaliste et humaniste ». De son côté, Raphaël Glucksmann, potentiel candidat pour Place publique, s’est prononcé pour un contrôle de l’immigration clandestine et une application stricte des obligations de quitter le territoire français.
Marine Le Pen s’est félicitée de cette omniprésence du thème migratoire, y voyant une victoire idéologique pour son parti. Elle a annoncé, en cas de conquête de l’Élysée, l’organisation d’un référendum sur l’immigration. Depuis les années 2000, tous les partis ont tenté d’investir ce sujet pour éviter que les électeurs ne se tournent vers l’extrême droite, mais cette stratégie n’a pas toujours porté ses fruits. La droite traditionnelle, autrefois centrée sur l’économie et les questions régaliennes, a progressivement adopté le discours selon lequel l’immigration constitue un problème, sans réellement contredire le Rassemblement national.
La dernière loi sur l’immigration, portée par Gérald Darmanin et adoptée en janvier 2024, n’a fait que renforcer l’extrême droite lors des scrutins suivants, les électeurs jugeant ce parti le plus efficace sur le sujet. Le RN est arrivé largement en tête des législatives de 2024 avec 29 % des suffrages, loin devant le parti gouvernemental et Les Républicains. Pour les analystes, s’aventurer sur ce terrain n’est pas nécessairement une stratégie gagnante, même si l’immigration reste un marqueur idéologique puissant. Les candidats y voient une occasion de promettre un changement immédiat, même si les marges de manœuvre juridiques sont limitées.
À un an de l’élection présidentielle, les préoccupations principales des électeurs demeurent le pouvoir d’achat, la situation internationale, les retraites, la justice sociale et la santé. Le Rassemblement national, tout en restant le principal animateur du débat sur l’immigration, cherche désormais à élargir son spectre pour gagner en crédibilité dans d’autres domaines.

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