Économie
Le rêve d’une économie entièrement dollarisée renaît au Venezuela
Depuis l’arrestation de Nicolás Maduro par les forces américaines en janvier, l’idée d’une dollarisation officielle de l’économie vénézuélienne séduit à nouveau une partie de la population. Pourtant, des économistes mettent en garde contre les illusions que pourrait susciter une telle mesure, même soutenue par Washington.
Au Venezuela, une dollarisation partielle et informelle s’était déjà installée sous l’ancien président Maduro et sa vice-présidente Delcy Rodriguez, aujourd’hui présidente par intérim. Malgré le symbole politique du billet vert, souvent perçu comme un instrument de l’impérialisme américain, Maduro avait autorisé cette échappatoire pour mettre fin aux pénuries, stabiliser les prix et protéger l’épargne d’une inflation galopante.
En une décennie, le produit intérieur brut du Venezuela s’est effondré de 80 %, plongeant le pays dans une hyperinflation. La mauvaise gestion, notamment dans le secteur pétrolier, et la corruption sont largement considérées comme les causes profondes de cette crise, que le pouvoir chaviste a toujours attribuée aux sanctions américaines. Deux mois avant la capture de Maduro, Rodriguez défendait encore la souveraineté monétaire et affirmait que le bolivar restait fondamental.
Pour Javier Roa, un contrôleur de bus de 67 ans qui récolte chaque jour d’énormes liasses de billets sans grande valeur, la solution est claire. « Ils devraient dollariser le pays, le bolivar agonise », confie-t-il. Sous la pression des États-Unis, Rodriguez a promulgué des lois ouvrant les secteurs pétrolier et minier aux investisseurs privés, signé des accords avec des compagnies pétrolières et promis des jours meilleurs ainsi que des hausses de salaires. Le revenu minimum, primes comprises, atteint 240 dollars, tandis que le panier alimentaire pour une famille de cinq personnes frôle les 700 dollars.
Carlos, un chauffeur de taxi de Caracas qui préfère taire son nom par crainte, est convaincu que la dollarisation formelle est inévitable. « C’est le dernier gros truc qui manque. Avec Trump, ce sera facile », assure-t-il. La dépréciation accélérée du bolivar, marquée par trois dévaluations depuis 2008 et la suppression de quatorze zéros, a vidé la monnaie de sa substance. Les billets ne servent plus qu’aux petites transactions, comme un ticket de bus. Le billet de 500 bolivars, la plus haute valeur faciale, équivaut à un dollar et pourrait perdre encore de la valeur dans les semaines à venir.
La désinformation alimente les espoirs. Une fausse vidéo dans laquelle Donald Trump annonçait que le dollar deviendrait la seule monnaie du Venezuela a circulé, avant d’être démentie par les équipes de vérification de l’AFP. L’économiste Asdrubal Oliveros reconnaît que la dollarisation formelle est attrayante car elle permet de faire chuter rapidement l’inflation. La hausse chronique des prix a atteint un pic historique de 130 000 % au sommet d’une hyperinflation de quatre ans qui s’est achevée en 2021.
À une échelle moindre, l’inflation persiste, atteignant 611 % sur un an en avril. Des économistes indépendants signalent également une inflation en dollars, comprise entre 20 % et 40 %. Cette situation attise le désir des Vénézuéliens d’adopter un système monétaire qui leur permette de survivre et de préserver la valeur de leur argent, explique Leonardo Vera, économiste à l’université privée Metropolitana. Le dollar s’est imposé depuis 2019, après l’assouplissement d’un contrôle des changes qui avait été maintenu pendant quinze ans.
Dans une dollarisation formelle, la politique monétaire disparaît et seule subsiste la politique budgétaire. Hermes Perez, économiste spécialisé dans les institutions financières, compare cette situation à l’amputation d’un bras. Il considère qu’il s’agit d’une solution extrême, nécessitant des réformes constitutionnelles et législatives. Un système bi-monétaire lui paraît plus réaliste à court terme, et c’est d’ailleurs ce qui existe déjà en pratique. Leonardo Vera juge la dollarisation difficile mais pas impossible.
Les prix au Venezuela sont affichés sans complexe en dollars, et cette devise est soumise à un impôt de 3 % sur les transactions depuis 2022. Dans certains cas, des réductions sont accordées pour les paiements en dollars. Un taux de change officiel et un taux parallèle coexistent, avec un écart proche de 25 % qui varie quotidiennement et alimente la spéculation. Ceux qui possèdent des dollars préfèrent les thésauriser, ce qui entraîne une raréfaction de la devise dans les rues. En mars, 3,986 milliards de dollars étaient en circulation, contre 4,396 milliards en novembre, selon Oliveros.
Esperanza Suarez, une vendeuse de 72 ans, espère retrouver un bolivar fort. « Je ne suis pas d’accord avec la dollarisation. Pourquoi le dollar ? Ici nous sommes au Venezuela ! » s’exclame-t-elle.
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