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Culture

Le cirque burkinabè en scène pour dénoncer les violences faites aux enfants

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Sur une scène ivoirienne, quatre artistes de la compagnie Dafra Cirque utilisent leur corps pour témoigner des souffrances indicibles endurées par les enfants burkinabè, victimes silencieuses d’une décennie de violences jihadistes.

Dans une salle de spectacle d’Abidjan, quatre circassiens venus du Burkina Faso enchaînent acrobaties et danses pour exprimer ce que les mots peinent à décrire. Leur création intitulée « Souffle » aborde la souffrance des enfants, ces êtres vulnérables pris dans l’engrenage des violences qui secouent leur pays depuis une décennie. Jean Adolphe Sanou, chorégraphe de la troupe, explique que ce spectacle évoque la vie et l’espoir, et que cet espoir repose sur les enfants.

Au Burkina Faso, des milliers d’enfants ont été tués, enlevés ou recrutés par des groupes jihadistes, selon les Nations unies. L’armée burkinabè et ses supplétifs civils, les volontaires pour la défense de la patrie, sont également accusés d’exactions par des organisations de défense des droits humains. La troupe, installée à Bobo-Dioulasso, évite toutefois de commenter cet aspect sensible dans un pays dirigé par une junte militaire depuis 2022.

Pendant près d’une heure, les quatre artistes incarnent tour à tour plusieurs personnages, exprimant la violence, le désespoir et la résistance. Dans une scène particulièrement émouvante, ils miment des enfants découvrant des munitions après une attaque jihadiste, puis commencent à jongler avec ces objets dangereux. Un autre moment montre un enfant éprouvé qui enchaîne pirouettes et sauts périlleux.

Moustapha Konaté, le directeur artistique de la compagnie, souligne que le cirque permet de rassembler un large public grâce à ses prouesses et à la beauté du mouvement. La danse devient ainsi un canal privilégié pour aborder des sujets difficiles. Il affirme que la troupe prend clairement position contre l’implication des enfants dans les conflits armés et contre les violences qui leur sont infligées.

Le spectacle s’inspire également du vécu des artistes eux-mêmes. Tous les membres de l’équipe ont été touchés par les violences jihadistes, certains ayant perdu des proches ou vu leur famille affectée. À Ouagadougou et Bobo-Dioulasso, la création a rencontré un vif succès, le public découvrant une forme artistique nouvelle mêlant cirque, danse et théâtre.

À Abidjan, une spectatrice de 21 ans, Yéli Gnougoh Coulibaly, est repartie profondément marquée par cette représentation. Elle juge utile que des artistes s’emparent de ce sujet avec subtilité, estimant que cette approche est moins choquante que les images diffusées à la télévision. La Côte d’Ivoire, qui partage une frontière avec le Burkina Faso, a elle-même été visée par des attaques jihadistes par le passé et reste sous la menace de ces violences, même si elle parvient à les contenir. Le Burkina Faso, dirigé par Ibrahim Traoré, continue de subir des attaques meurtrières de la part de groupes affiliés à Al-Qaïda et à l’État islamique.

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