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L’enfer des prisons russes pour les Ukrainiens

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Des milliers de soldats et de civils ukrainiens subissent des violences systématiques dans les centres de détention russes, où la torture est devenue une méthode d’administration courante.

Le jeune lieutenant ukrainien parlait trop, selon ses geôliers. Surnommé « le bavard » pour son obstination à argumenter, il a été sauvagement battu. Un ancien agent pénitentiaire russe, qui travaillait alors à l’unité médicale où le prisonnier avait été conduit, décrit des lésions étendues et des hématomes ayant pourri sur les fesses et l’arrière des cuisses. Privé de soins appropriés, le lieutenant est mort en octobre 2022 dans cette prison russe, son corps gangréné probablement enterré anonymement.

Cette histoire illustre le sort réservé à des milliers de soldats et civils ukrainiens dans les centres de détention en Russie et en Ukraine occupée. D’anciens prisonniers, des familles de détenus et trois ex-membres de l’administration pénitentiaire russe ayant fait défection confirment l’ampleur des violences physiques et psychologiques. Selon un rapport de l’OSCE citant les autorités ukrainiennes, 89% des personnes libérées ont affirmé avoir subi des mauvais traitements, dont 42% des violences sexuelles.

Le système fonctionne de manière organisée, contrôlé par le FSB et l’administration pénitentiaire avec la complicité des organes judiciaires. Les violences, déjà présentes depuis 2014, ont été démultipliées après l’invasion russe de février 2022. Au cours des quatre dernières années, le décès d’au moins 143 prisonniers ukrainiens, dont six civils, a été confirmé par le Parquet ukrainien. En février 2026, environ 7.000 prisonniers de guerre se trouvaient aux mains des Russes, auxquels s’ajoutent 15.378 civils détenus illégalement.

Sergueï, ancien membre des forces spéciales de l’administration pénitentiaire russe, raconte comment sa hiérarchie a donné « carte blanche » pour utiliser la force physique sans restriction contre les prisonniers ukrainiens. Opposé à l’invasion, il a démissionné en 2022 et quitté la Russie. Nombre de ses collègues, dit-il, étaient « heureux » d’avoir l’occasion d’employer toute la violence qu’ils souhaitaient.

Iaroslav Roumiantsev, ex-soldat ukrainien fait prisonnier à Marioupol en mai 2022, a survécu à trois ans et trois mois de captivité. Transféré au centre de détention N°2 de Taganrog, l’un des pires centres de torture, il décrit un comité d’accueil où les geôliers frappaient les prisonniers de tous côtés alors qu’ils traversaient un couloir en courant. Les méthodes incluent électrocution, attaques de chiens, viols, simulacres d’exécution et exercices physiques intenses. La nourriture est utilisée pour briser les détenus, certains n’ayant que deux minutes pour engloutir leur repas sous peine de coups. Un ancien prisonnier a affirmé à Human Rights Watch avoir mangé des cafards attrapés dans sa cellule, tandis que des codétenus dévoraient des souris crues.

Les pratiques de soumission sont constantes, comme l’interdiction de regarder les gardes dans les yeux. Iaroslav Roumiantsev se souvient d’un châtiment où les détenus devaient rester debout pendant seize heures sans pouvoir aller aux toilettes. Les geôliers ont également mené des expérimentations en faisant passer de l’électricité à travers les prisonniers pour voir combien de personnes ressentaient la douleur.

Les équipes médicales participent parfois directement aux violences. Selon une enquête de RFE/RL, des médecins russes ont gravé les mots « Gloire à la Russie » sur le ventre d’un prisonnier ukrainien lors d’une opération. Après sa libération, il a dû subir une autre opération pour retirer ce slogan inscrit dans sa chair.

Les prisonniers ukrainiens sont souvent rendus « invisibles », leurs noms changés pour éviter toute identification. Ils sont détenus au secret, sans communication avec le monde extérieur. Natalia Kravtsova, dont le fils Artem a été fait prisonnier à Marioupol en mai 2022, n’a reçu qu’une seule confirmation de la Croix-Rouge il y a un an, sans plus d’informations depuis. Elle n’est pas certaine qu’il soit encore vivant.

Lioudmyla Gousseïnova, qui a passé trois ans et 13 jours en détention à Donetsk, décrit des conditions d’hygiène épouvantables dans sa cellule partagée avec une vingtaine de détenues de droit commun. Les matelas étaient sales et remplis d’insectes, les toilettes consistaient en un trou dans le sol. Un jour, un enquêteur a mis un mouchoir sur son nez tellement son corps puait à cause des punaises qui couraient sur elle.

Pour enrayer ce système de torture et d’asservissement, le militant Vladimir Ossetchkine exige des poursuites internationales contre ses responsables et leur « désanonymisation ». Sergueï, l’ancien spetsnaz, promet que tous seront retrouvés et punis.

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