Monde
Les déplacés somaliens livrés à eux-mêmes face à une sécheresse dévastatrice
Plus de 300 000 personnes ont fui leurs foyers dans le sud de la Somalie depuis le début de l’année, mais l’effondrement des financements internationaux les prive de l’aide humanitaire indispensable à leur survie.
Maryam avait déjà perdu deux de ses huit enfants et toutes ses chèvres à cause de la sécheresse. Lorsque ses plants de maïs ont fini par se dessécher, cette mère de 46 ans a pris la décision de quitter son village pour tenter de sauver les siens. Elle a rejoint un camp de fortune à la périphérie de Kismayo, dans l’État du Jubaland, sans savoir qu’elle y trouverait une nouvelle forme d’abandon. Le recul historique de l’aide internationale en 2025, conséquence directe des coupes budgétaires décidées par l’administration américaine, a contraint de nombreuses organisations à cesser leurs activités dans la région. Les abris et les distributions de nourriture se sont taris.
« Nous avons faim. Nous avons besoin de soins et d’aide », confie cette Somalienne, assise devant son abri de branchages et de tissus à moitié monté. Pour rejoindre ce lieu, elle et sa famille ont navigué des dizaines de kilomètres sur le fleuve Jubba, traversant un paysage aride et déboisé. Elle ne retournera pas dans son village, hantée par le souvenir du ventre enflé de ses enfants morts de faim. Les insurgés shebab, qui contrôlent la zone, ont récemment commencé à confisquer les vivres par la force.
La baisse des financements a profondément affecté les opérations humanitaires. Selon les responsables de Save the Children, plus de deux cents centres de santé et plus de quatre cents écoles ont fermé leurs portes dans le pays. Les structures encore ouvertes sont submergées par l’afflux de patients. Dans les environs du camp, les carcasses de bovins, d’ânes et de chèvres jalonnent les bas-côtés. De nombreux agriculteurs décrivent cette sécheresse comme l’une des plus sévères jamais enregistrées. Même si les pluies tant attendues finissaient par arriver, il faudrait des mois aux populations pour se remettre de ces pertes.
Le Jubaland accueille déjà des centaines de milliers de personnes chassées par les précédentes sécheresses et inondations. Les autorités locales peinent à faire face. « Nous ne pouvons pas répondre à un tel niveau de besoin », déplore Ali Adan Ali, chargé des réfugiés et des déplacés au sein de l’administration régionale. Il évoque une « autre sécheresse », celle des financements humanitaires. Dans le camp, cinq enfants sont morts de malnutrition au mois de mars, selon le gestionnaire Abdiwahid Mohamed Ibrahim.
Près de cinq millions de Somaliens dépendent aujourd’hui de l’aide humanitaire, soit un quart de la population totale. Le pays, privé de structures étatiques solides depuis les années 1990, est miné par la violence des shebab et fragilisé par les chocs climatiques répétés. Les épisodes de famine de 1992 et 2011 ont déjà tué des centaines de milliers de personnes. Dans la seule clinique mobile encore en activité pour les trois camps environnants, gérée par une ONG, Khadija, une veuve de 45 ans, tente de nourrir sa fille d’un an avec une solution hypercalorique. L’enfant, sévèrement sous-alimentée, se tortille dans ses bras. Elle a fui la sécheresse il y a un an après avoir perdu son bétail. Mais ici aussi, dit-elle, il n’y a rien à manger.
L’hôpital de Kismayo, seul établissement de la région capable de traiter les cas les plus graves de malnutrition, refuse désormais des patients faute de lits et de personnel. Toutes les places sont occupées par des nourrissons faméliques, certains sous assistance respiratoire, une perfusion au bras. Près de cinq cent mille enfants sont menacés par la forme la plus critique de malnutrition, selon les Nations unies. La guerre au Moyen-Orient a encore aggravé la situation en faisant grimper le prix du carburant, ce qui renchérit l’approvisionnement en nourriture et en eau.
Face à cette crise, l’ONU n’a reçu que treize pour cent des sommes demandées aux bailleurs, soit un peu plus de cent millions d’euros. C’est près de dix fois moins que les financements obtenus en 2023, lors d’une précédente sécheresse historique. Dans les camps, les déplacés tentent de s’organiser par eux-mêmes, en s’entraidant, en cherchant de petits emplois de nettoyage ou de construction en ville, ou en revendant du bois. Mais les coupes dans l’aide, l’aggravation de la crise économique et les chocs climatiques créent une situation où tout devient désespéré, alerte le chef des opérations humanitaires de l’ONU. « Souvent, nous sommes contraints de choisir quelles vies sauver. »
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