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Léon XIV, un an de pontificat marqué par l’affrontement avec Trump

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Élu il y a un an, le premier pape américain de l’histoire a vu sa gouvernance discrète brutalement rattrapée par une confrontation directe avec l’administration Trump, propulsant ses messages de paix sur le devant de la scène mondiale.

Dès son élection le 8 mai 2025 à la tête de l’Église catholique, Robert Francis Prevost suscitait une attente particulière concernant ses relations avec son pays natal. L’opinion internationale imaginait déjà un face-à-face entre le souverain pontife américain et les velléités martiales de Donald Trump. Pourtant, durant de nombreux mois, cet ancien missionnaire au Pérou, membre de l’ordre de Saint Augustin et parlant plusieurs langues, a cultivé une prudence mesurée et une discrétion qui contrastaient avec la spontanéité de son prédécesseur argentin.

Léon XIV a pris le temps d’observer avant d’agir, différant les nominations stratégiques au sein de la Curie romaine. Il a imposé une méthode fondée sur l’écoute et des priorités sociales claires, notamment la lutte contre la pauvreté, les dangers de l’intelligence artificielle, la justice environnementale et la défense de la paix. Favorable à une gouvernance plus collégiale associant étroitement les cardinaux, il a également délégué la gestion des dossiers les plus épineux. La hiérarchie catholique américaine a ainsi été laissée libre de dénoncer certaines décisions de l’administration Trump, en particulier sur la politique migratoire et les violences policières. En novembre 2025, les évêques américains ont publié une lettre inédite fustigeant la stigmatisation des étrangers et les atteintes à la dignité des migrants, une stratégie assumée par Rome pour maintenir un dialogue avec Washington sans renoncer à une réponse morale.

Cependant, la diplomatie de la force que Léon XIV dénonce a fini par réduire sa marge de manœuvre et l’a contraint à sortir de sa réserve. En janvier, il a déploré le retour en grâce de la guerre. Puis, fin février, après le déclenchement des bombardements américains et israéliens contre l’Iran, il a jugé inacceptables les menaces de Donald Trump d’anéantir la civilisation iranienne. Selon Christopher White, de l’université de Georgetown, cette réaction vigoureuse s’explique notamment par l’usage systématique d’un vocabulaire religieux par l’administration américaine pour justifier le conflit. L’homélie pacifiste prononcée par le pape durant la Semaine Sainte au Vatican a provoqué la colère de Donald Trump, qui l’a qualifié de faible face à la criminalité et de nul en politique étrangère, déclenchant une vague d’indignation. Léon XIV a assuré ne pas craindre l’administration américaine, mais a refusé toute escalade verbale, préférant maintenir le débat sur le terrain moral. Le chef de l’Église catholique ne souhaite pas apparaître sur la scène internationale comme un Américain représentant une superpuissance, mais comme un pasteur représentant une Église universelle, explique Christopher White, auteur d’un ouvrage sur le nouveau pontificat. Il ne veut donc pas que chacune de ses paroles soit interprétée comme une réponse directe à Donald Trump.

La visite prévue jeudi au Vatican du secrétaire d’État américain Marco Rubio, catholique pratiquant, confirme l’importance que Washington accorde au Saint-Siège sur l’échiquier diplomatique. Selon les médias italiens, cette audience privée vise à apaiser des relations bilatérales toujours tendues, comme l’a montré lundi l’accusation de Donald Trump selon laquelle le pape mettrait en danger de nombreux catholiques en acceptant que l’Iran possède l’arme nucléaire. Intervenu en pleine tournée papale en Afrique, ce duel à distance a renforcé l’écho du ton plus ferme adopté par Léon XIV, qui a frontalement dénoncé la corruption, les inégalités sociales et les atteintes aux droits humains devant des dirigeants installés depuis des décennies. La presse internationale y a vu un tournant, le souverain pontife n’hésitant plus à employer un vocabulaire tranchant pour souligner l’urgence de la paix. Reste à savoir si cette inflexion est conjoncturelle ou durable, et si un Léon XIV plus engagé émergera sous les ors du Vatican. Les observateurs s’accordent sur un point le pape natif de Chicago n’est pas pressé. À soixante-dix ans et en bonne santé, il a conscience de disposer d’un horizon relativement long. Pour son premier anniversaire de pontificat, il se rendra vendredi à Naples et Pompéi, inaugurant une série de déplacements estivaux en Italie centrés sur la vie ecclésiale et le contact direct avec les fidèles.

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