Société
L’intelligence artificielle de Google secouée par une fronde syndicale inédite


Des employés de DeepMind, filiale britannique de Google, exigent la reconnaissance de deux syndicats pour peser sur l’orientation éthique de leurs travaux, en particulier leur utilisation par les armées.
Une mobilisation sans précédent agite les couloirs de DeepMind, le prestigieux laboratoire londonien d’intelligence artificielle de Google. Mardi, un groupe de salariés a officiellement demandé à leur direction de reconnaître deux organisations syndicales, la CWU et Unite the Union. Leur objectif affiché est de faire de DeepMind le premier établissement de recherche avancée en IA au monde à bénéficier d’une représentation syndicale officielle.
Dans une lettre remise à la hiérarchie, les employés expriment de vives préoccupations quant à l’emploi de leurs technologies par Israël et l’armée américaine. Ils réclament le rétablissement d’un engagement antérieur, aujourd’hui abandonné, de ne pas développer d’armes ou d’outils de surveillance fondés sur l’intelligence artificielle. Ils demandent également la création d’un organe indépendant chargé de superviser les questions éthiques, ainsi que le droit pour chaque salarié de refuser de participer à certains projets pour des motifs moraux.
Les signataires, dont le nombre n’a pas été divulgué, ont accordé un délai de dix jours à la direction pour répondre à leur requête. Passé ce délai, ils menacent d’engager une procédure judiciaire formelle. La reconnaissance syndicale, précisent-ils, couvrirait au moins un millier de personnes rattachées au siège londonien de Google DeepMind.
L’entreprise a confirmé avoir reçu la lettre des syndicats. Un porte-parole a toutefois souligné qu’aucun vote en faveur de la syndicalisation n’avait eu lieu à ce stade. Il a réaffirmé l’attachement de la direction à un dialogue constructif avec ses équipes et à la création d’un environnement de travail positif et performant.
Cette contestation s’inscrit dans un contexte de débat éthique grandissant autour de l’utilisation militaire de l’intelligence artificielle. Le Pentagone a récemment annoncé avoir conclu des accords avec sept entreprises du secteur, dont Google, pour des opérations classifiées, y compris sur le champ de bataille. Avant même cette annonce, plus de six cents employés de Google avaient signé une lettre pour demander à leur direction de renoncer à fournir ses modèles d’IA à l’armée américaine.
Selon le communiqué de la CWU, le personnel de Google craint que ces accords n’ouvrent la voie à des armes autonomes et à une surveillance de masse. En 2018, une mobilisation interne avait déjà contraint Google à se retirer du projet Maven du Pentagone, qui utilisait l’IA pour analyser des images de drones. Depuis, le groupe a levé ses restrictions et affiché sa volonté de s’engager davantage dans les contrats militaires.





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