Nous rejoindre sur les réseaux

Économie

_**La France dévoile un plan stratégique pour briser la dépendance aux terres rares chinoises**_

Article

le

Face à la mainmise de Pékin sur les métaux critiques, le gouvernement met en place un arsenal de mesures destiné à renforcer l’autonomie nationale et à sécuriser l’approvisionnement en terres rares.

Le ministre de l’Économie, Roland Lescure, a présenté mardi un ensemble de dispositifs visant à protéger la France de la domination chinoise sur le marché des terres rares. Accompagné du ministre délégué à l’Industrie, Sébastien Martin, il s’est rendu dans les Pyrénées-Atlantiques, sur le site de l’usine Caremag à Lacq, un ancien bassin gazier reconverti. Cette unité franco-japonaise, en chantier depuis un an et soutenue par un investissement public de 106 millions d’euros, est dédiée au raffinage des terres rares et au recyclage des aimants permanents. L’objectif affiché est clair : d’ici 2030, sa production devra satisfaire la totalité des besoins français.

Le conflit en Iran a illustré, selon Roland Lescure, les risques d’une dépendance excessive envers une seule région du globe pour des matières premières essentielles. Les terres rares, qui comptent dix-sept éléments métalliques, sont au cœur de cette stratégie. Quatre d’entre elles entrent dans la fabrication des aimants permanents, composants indispensables aux éoliennes et aux moteurs de véhicules électriques. La Chine contrôle aujourd’hui l’essentiel de cette chaîne de valeur, une situation que le plan gouvernemental entend corriger par une diversification des sources.

L’usine Caremag illustre cette ambition. Elle traitera d’une part des aimants en fin de vie ou issus des rebuts de production des constructeurs automobiles, principalement d’origine européenne et française. D’autre part, elle utilisera des concentrés miniers en provenance de Malaisie, d’Afrique du Sud, du Canada et du Brésil, premiers contrats déjà signés, selon Frédéric Carencotte, président de la start-up lyonnaise Carester.

Parmi les mesures annoncées, le gouvernement assouplit les conditions d’accès à la garantie des projets stratégiques pour le secteur des terres rares, afin de rendre les acheteurs français plus compétitifs. Le crédit d’impôt pour l’industrie verte, prolongé jusqu’en 2028, est désormais élargi à tous les projets de raffinage, alors qu’il était auparavant réservé à l’éolien. Le prochain appel d’offres pour l’éolien offshore intégrera un critère sur l’origine géographique des aimants permanents, que la France souhaite également promouvoir dans le cadre d’un label pour les moteurs électriques fabriqués en Europe. Les constructeurs automobiles candidats aux aides du plan France 2030 devront, pour être éligibles, justifier d’une stratégie de diversification de leurs approvisionnements.

Sébastien Martin a insisté sur la nécessité pour les industriels de l’automobile et de l’éolien de ne pas concentrer leurs achats sur une seule source. L’Agence internationale de l’énergie prévoit un doublement de la demande en terres rares pour les aimants permanents d’ici 2050, portée par l’essor des véhicules électriques. Le gouvernement se déclare par ailleurs ouvert à des discussions avec des négociants en matières premières pour renforcer la sécurité des approvisionnements en minéraux critiques.

Dans le Béarn, le projet Caremag sera complété par une usine du groupe américain USA Rare Earth, dédiée à la production de métaux et d’alliages. Le groupe belge Solvay a également inauguré l’an dernier, à La Rochelle, une ligne de recyclage de terres rares destinées aux aimants permanents.

Click to comment

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Les + Lus