Monde
L’érosion du soutien à Javier Milei dans les terres argentines

Dans la province de Buenos Aires, des électeurs qui avaient porté l’économiste libéral au pouvoir expriment aujourd’hui leur désillusion face à des promesses non tenues et un climat politique décevant.
À San Andrés de Giles, localité agricole située à une centaine de kilomètres de la capitale, l’enthousiasme qui avait accueilli l’élection de Javier Milei en 2023 semble s’être dissipé. Cette commune de vingt-cinq mille habitants, qui avait voté à près de soixante pour cent pour le président, connaît désormais un net reflux de sa ferveur initiale. Plusieurs habitants confient leur désenchantement à l’approche des élections législatives d’octobre.
Jacqueline Garrahan, enseignante à la retraite, résume ce sentiment partagé. « J’ai cru en lui, mais aujourd’hui je me sens profondément déçue », confie-t-elle en évoquant les difficultés financières qui persistent malgré les promesses de changement. Comme elle, de nombreux électeurs avaient soutenu Milei par rejet du péronisme, sans pour autant adhérer pleinement à son profil singulier. Ils déplorent aujourd’hui le maintien des clivages politiques et l’absence d’amélioration tangible de leur quotidien.
La déception prend diverses formes. Natalia Schiro, employée dans une pharmacie, souligne la stagnation du pouvoir d’achat malgré une inflation officiellement contenue. D’autres pointent le ton jugé agressif du chef de l’État, loin de l’apaisement espéré, ou les récents scandales entachant son entourage. L’affaire concernant sa sœur Karina, mise en cause dans une affaire de corruption, a particulièrement entamé l’image d’intégrité du gouvernement.
Le monde agricole, pourtant naturellement acquis aux idées libérales, manifeste également son mécontentement. Les producteurs céréaliers dénoncent l’incertitude persistante concernant les taxes à l’exportation, malgré des assouplissements ponctuels. Aldana Guanzini, agricultrice, évoque l’impossibilité de planifier sereinement ses activités dans ce contexte.
Ce reflux électoral s’est déjà matérialisé lors d’un scrutin régional en septembre, où la ville a basculé à nouveau vers le péronisme. Les observateurs politiques y voient un indicateur significatif de l’évolution de l’opinion. Selon les analyses, une partie des déçus de Milei pourrait se tourner vers des formations de centre-droit lors des prochaines élections, sans pour autant rejeter définitivement le président dans la perspective de 2027.
Si les projections suggèrent une légère progression parlementaire pour le camp présidentiel, celle-ci resterait modeste. L’enjeu réside désormais dans la capacité du gouvernement à reconquérir une base électorale qui manifeste ouvertement son désarroi. Comme le constate amèrement Jacqueline Garrahan, la question « Pour qui voter maintenant ? » traduit une frustration croissante dans les circonscriptions qui avaient porté au pouvoir le candidat de la rupture.

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