Culture
Le trésor caché d’Alaïa, un hommage inédit à Dior


_**Pour la première fois, les archives personnelles du couturier Azzedine Alaïa, contenant des centaines de pièces Dior, sont dévoilées au public. Deux expositions parisiennes mettent en lumière cette passion secrète et les liens esthétiques entre ces deux monuments de la haute couture.**_
Un pan méconnu de l’histoire de la mode émerge des réserves privées. Une double exposition à Paris révèle l’ampleur de la collection personnelle qu’Azzedine Alaïa avait patiemment constituée autour de l’œuvre de Christian Dior. Ces pièces, longtemps tenues à l’abri des regards, font l’objet de deux présentations distinctes et complémentaires, orchestrées par la Fondation Azzedine Alaïa et la Galerie Dior.
La Fondation propose un dialogue entre les créations des deux maîtres, mettant en parallèle une trentaine de silhouettes. L’accent est porté sur leur approche commune de la silhouette, en particulier le traitement de la taille. Là où Dior structurait ses robes par des armatures internes, Alaïa, des décennies plus tard, en exaltait les formes par une coupe architecturale et sculpturale. Des rapprochements visuels éloquents illustrent cette filiation, comme la confrontation d’une robe Venezuela de 1957 avec une création Alaïa de 2010.
Simultanément, la Galerie Dior présente un ensemble plus vaste, centré sur les pièces issues de la collection personnelle du couturier franco-tunisien. Plus d’une centaine de modèles, pour la plupart signés Christian Dior, sont intégrés à un parcours enrichi de documents d’archives rares, dont des chartes de collection originales. L’exposition dévoile ainsi des modèles que la maison Dior elle-même ne conservait pas, témoignant de l’œil avisé du collectionneur.
La découverte de ce fonds est récente. Après le décès d’Azzedine Alaïa en 2017, la Fondation qui perpétue son héritage a entrepris, à partir de 2023, un travail d’identification des quelque vingt mille vêtements et accessoires amassés par le créateur. Parmi eux, environ six cents pièces portaient la griffe Dior. Cette accumulation, aussi passionnée que méthodique, était restée un secret bien gardé de son vivant, même pour les proches collaborateurs des maisons concernées.
Les expositions révèlent également un détail biographique touchant. Un contrat de stage, conservé dans les archives de la maison Dior, atteste du passage, bien que bref, du jeune Azzedine Alaïa au sein de l’atelier en 1956. Cette expérience formative semble avoir laissé une empreinte durable, nourrissant une fascination pour les volumes et l’audace constructive du fondateur du New Look.
Les commissaires des expositions tempèrent toutefois l’idée d’une inspiration directe. L’immensité même de la collection, parfois désordonnée, rendait difficile une consultation systématique. Il s’agissait plutôt d’un univers dans lequel le créateur baignait, une source de souvenirs et de références subliminales qui ont infusé son propre travail. Ces présentations offrent ainsi une plongée unique dans l’intimité créative d’un géant de la mode, rendant hommage à la fois à sa passion de collectionneur et à la pérennité du génie de Christian Dior.





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