Planète
Le Tadjikistan lutte pour sauver ses abricotiers face au dérèglement climatique

Dans la région d’Isfara, berceau historique de l’abricot en Asie centrale, les cultivateurs s’adaptent tant bien que mal à des conditions climatiques de plus en plus hostiles.
Au pied des montagnes du Tadjikistan, les vergers d’abricotiers, pilier économique de la région, subissent de plein fouet les conséquences des bouleversements météorologiques. Les hivers doux suivis de gelées tardives, les précipitations erratiques et les épisodes de sécheresse compromettent des récoltes autrefois abondantes. Ouktam Kouziev, agriculteur septuagénaire, en témoigne. Pour préserver ses arbres, il a dû sacrifier ses cultures de blé, une décision lourde de sens dans cette zone où l’eau se fait rare.
La rivière Isfara, principale source d’irrigation, est sollicitée bien au-delà de ses capacités, tant par les Tadjiks que par leurs voisins ouzbeks et kirghizes. Si certains grands exploitants parviennent à moderniser leurs pratiques – irrigation au goutte-à-goutte, diversification vers des cultures plus résistantes comme le pruneau –, les petits producteurs restent démunis. Les solutions techniques, souvent coûteuses, leur échappent dans un pays où le revenu mensuel moyen ne dépasse guère 220 euros.
Symbole de cette crise, la ville d’Isfara, qui se targue d’être la capitale centrasiatique de l’abricot, voit son identité menacée. Le monument en forme de fruit géant qui trône au centre-ville rappelle l’importance culturelle et économique de cette production. Pourtant, les étals des marchés locaux reflètent une réalité moins glorieuse. Les abricots, tachés par des pluies intempestives ou déformés par les variations thermiques, perdent en qualité et en valeur commerciale.
Les autorités locales tentent de réagir en renouvelant les vergers vieillissants et en promouvant des variétés plus résilientes. Mais l’urgence climatique devance souvent ces efforts. Les sols, fragilisés par des décennies de surexploitation et d’érosion, peinent à retenir l’eau des précipitations, pourtant de plus en plus irrégulières. Une situation qui alimente les tensions autour de la gestion des ressources hydriques, aussi bien entre agriculteurs qu’entre États riverains.
Dans ce contexte, les spécialistes soulignent la nécessité d’une approche régionale coordonnée. Car sauver les abricotiers du Tadjikistan, c’est aussi préserver un équilibre socio-économique fragile, où des dizaines de milliers de familles dépendent de ce fruit doré pour leur survie.

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