Monde
Le prince héritier de l’Ouganda musèle les médias et la justice sous le silence de son père
Procès, médias fermés, opposants menacés. Le général Muhoozi Kainerugaba affirme son pouvoir sans que le président Museveni ne réagisse.


Procès, médias fermés, opposants menacés. Le général Muhoozi Kainerugaba affirme son pouvoir sans que le président Museveni ne réagisse.
Ce mardi, la justice ougandaise examine plusieurs dossiers qui portent tous la marque d’un homme. Muhoozi Kainerugaba, 52 ans, fils du président Yoweri Museveni, se comporte de plus en plus comme le véritable maître du pays. À Kampala, le procès pour trahison de l’opposant Kizza Besigye reprend. Ce dernier a été enlevé au Kenya en 2024 et accusé d’avoir voulu renverser le gouvernement. Au même moment, son avocat Erias Lukwago comparaît devant une autre cour. Il est inculpé pour ne pas avoir dénoncé cette prétendue trahison. Pourtant, c’est lui qui avait porté plainte contre le chef de l’armée pour cet enlèvement. Muhoozi s’est vanté sur X d’avoir fait capturer l’avocat le 15 juin, de l’avoir gardé dans des sous-sols, et de se réjouir des souffrances à venir. Hasard du calendrier, la plainte de Lukwago contre le général doit aussi être examinée ce mardi.
Mais la pression ne s’arrête pas aux tribunaux. Ce week-end, Muhoozi s’est félicité d’avoir fait fermer des journaux, des radios et une chaîne de télévision ougandais d’un groupe de presse indépendant. Les bureaux sont bouclés. Sur son compte X, il a écrit ne pas croire à la liberté de la presse en Ouganda et assure qu’aucun de ces médias ne rouvrira sans sa permission. Il ajoute que son père a approuvé ces fermetures. Ses tweets sont devenus sa marque de fabrique. Ils alternent menaces physiques contre des opposants, déclarations lunaires et obsessions personnelles comme la chanteuse Beyoncé. Il y affirme régulièrement qu’il succédera à son père, 81 ans et au pouvoir depuis 40 ans. En 2022, Museveni avait sommé son fils d’arrêter de tweeter sur les affaires du pays après qu’il eut menacé d’envahir le Kenya. Mais aujourd’hui, son silence est assourdissant.
Pour les analystes, ce mutisme est inquiétant. Gerald Walulya, professeur de journalisme, explique qu’on a longtemps pris les menaces du général pour des blagues. Mais pour la première fois, il montre du pouvoir sans aucune modération de son père. Le chercheur Yusuf Serunkuma note que le plus dérangeant est le silence de Museveni face aux actions potentiellement dommageables de son fils, et l’ambivalence de ce dernier qui agit comme s’il était son propre maître tout en affirmant obéir aux ordres. Depuis la dernière élection, ce n’est pas le vainqueur qui exerce le pouvoir, mais le fils. La popularité réelle de Muhoozi est inconnue, car la liberté d’expression est toute relative en Ouganda. L’opposant populaire Bobi Wine a quitté le pays après que le général l’a menacé de mort. La question demeure : cette stratégie de peur est-elle calculée ou simplement la seule chose qu’un soldat connaît ? Pendant ce temps, les Ougandais voient leur espace de liberté se rétrécir un peu plus chaque jour.
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