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Le Pô à sec avant l’été, l’Italie du nord sous tension
Le débit du plus grand fleuve italien est tombé sous les 300 m³ par seconde, bien en dessous des normales saisonnières. Agriculture et pêche redoutent un…


Le débit du plus grand fleuve italien est tombé sous les 300 m³ par seconde, bien en dessous des normales saisonnières. Agriculture et pêche redoutent un désastre si la sécheresse s’installe dès juillet.
Dans le nord-est de l’Italie, le fleuve Pô n’a jamais été aussi bas si tôt dans la saison. À hauteur de Ferrare, où il rejoint la mer Adriatique, le débit s’est effondré en quelques jours. Les bancs de sable apparaissent un peu partout. La profondeur dépasse à peine un mètre par endroits et les pêcheurs endurent une chaleur de 36 degrés. Un expert alerte: le niveau baisse à une vitesse jamais vue pour un mois de juin.
Pourtant, l’hiver a été pluvieux et les lacs alpins sont encore remplis à 60%. Mais la neige en montagne, qui alimente normalement ces lacs au printemps, a déjà fondu sous l’effet des températures élevées. Les agriculteurs pompent massivement pour irriguer le maïs et le soja, des cultures très gourmandes en eau. Ces récoltes servent à nourrir les vaches à lait pour le parmesan et les cochons pour le jambon de Parme. Selon un expert, il reste moins de trois semaines de réserve à ce rythme.
En aval, la mer remonte dans le fleuve sur près de 20 kilomètres. Cette eau salée contamine les terres agricoles du delta, conquises sur les marais pendant des siècles. Le riz, culture emblématique, a déjà disparu près du littoral. Des barrières ont été installées pour freiner cette intrusion saline, mais elles deviennent inefficaces quand le débit est trop faible. Un ingénieur explique qu’il faudrait presque doubler le débit pour qu’elles fonctionnent. En 2022, l’eau salée était montée jusqu’à 40 kilomètres à l’intérieur des terres.
Sur le terrain, la situation inquiète. Une jeune agricultrice montre son champ de tournesols dont une partie est déjà sèche et craquelée. L’un de ses deux canaux d’irrigation est à l’arrêt car il ferait entrer l’eau de mer. Elle se sent impuissante face à une évolution qu’elle juge trop rapide. Plus près de la mer, les pêcheurs de palourdes luttent contre la chaleur qui surchauffe les lagunes. Les algues prolifèrent et recouvrent les crustacés. Sans oublier le crabe bleu, une espèce invasive venue d’Amérique du Nord. Un responsable de coopérative confie que la chaleur prolongée cause des dégâts bien plus graves qu’une canicule courte.
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