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Le calvaire des sans-papiers à Marseille : une rétention plus dure que la prison

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Dans le centre de rétention administrative Canet, les conditions de vie sont jugées plus sévères qu’en milieu carcéral, alors que le Sénat vient d’approuver un allongement de la durée maximale de privation de liberté pour les étrangers jugés dangereux.

Au cœur du quartier du Canet, à Marseille, se dresse un bâtiment aux allures sinistres. C’est là que 136 hommes attendent, parfois pendant des semaines, l’issue de leur procédure d’éloignement. Fathi, un Algérien de 28 ans souffrant d’asthme, y purge son vingt-sixième jour. Dans sa cellule, il ne peut ouvrir la fenêtre que de dix centimètres, avant de se heurter à une grille, puis à un mur. « Comment veux-tu respirer ici ? » souffle-t-il. Ce lieu, le centre de rétention administrative Canet, est décrit par ses occupants comme pire qu’une prison. « J’y étais beaucoup mieux », affirment en chœur plusieurs d’entre eux.

La réalité statistique donne le vertige. En 2025, seuls 21,5 % des retenus dans ce centre ont effectivement été reconduits à la frontière, contre 36 % au niveau national. La grande majorité ressort libre, toujours en situation irrégulière, après avoir passé jusqu’à 90 jours derrière ces murs. Ahmed, lui, en est à son quatrième séjour. « À chaque fois 90 jours, ça fait un an de perdu. Je suis le bon client du CRA », lâche-t-il avec un rire nerveux.

Ce contexte de privation de liberté s’inscrit dans un débat législatif brûlant. Le Sénat a adopté mercredi un texte visant à porter la durée maximale de rétention à sept mois, soit 210 jours, pour les étrangers en situation irrégulière considérés comme dangereux. Une perspective qui terrifie Fathi, le visage marqué par une récente altercation avec d’autres détenus. « Je ne survivrai pas », confie-t-il.

Lors d’une visite du député insoumis Manuel Bompard, des journalistes ont pu pénétrer dans l’enceinte, sans pouvoir filmer. Derrière une épaisse porte et une grille séparant l’administration des zones de vie, les couloirs en forme de peigne abritent des chambres aux murs jaunis. Les portes, dépourvues de verrou, portent des inscriptions en arabe, témoignages de vols récurrents. « Ne pas entrer, c’est à moi », peut-on lire sur l’une d’elles.

L’accès aux soins est un motif récurrent de plainte. Amine, 32 ans, souffre d’une hernie discale et déplore l’impossibilité de consulter un médecin. « Regardez, j’ai une hernie discale, lui a des champignons, lui s’est foulé la cheville… On peut pas voir de médecin », énumère-t-il. « On est tous malades », renchérit un autre détenu. La direction du centre assure qu’un médecin est présent chaque jour, secondé par deux infirmières. Mais Julien Condom, responsable de l’association Forum réfugiés, observe « une dégradation de l’état de santé au fil de la rétention ».

Le travail des associations est lui-même menacé. Le nouveau texte de loi prévoit de transférer une partie de leurs missions à l’Office français de l’immigration et de l’intégration, une agence dépendant du ministère de l’Intérieur. « C’est une remise en cause complète du travail indépendant des associations, alors que notre présence est indispensable ici pour l’information et l’aide à l’accès au droit des personnes retenues », s’inquiète Julien Condom.

En sortant du centre, Manuel Bompard dénonce « le caractère inhumain du lieu » et « l’aspect complètement absurde du système de rétention ». « Vous ne pouvez pas embrasser votre femme pendant 90 jours, c’est une violation des libertés individuelles. Et à part renforcer la pression et le manque de place, en quoi le problème va être réglé en passant à 210 jours ? » interroge-t-il.

Le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez justifie la nécessité de ce texte en évoquant les 34 attaques terroristes perpétrées depuis 2017, un chiffre « dont nous avons le devoir de tirer humblement les leçons ».

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