Planète
Le cadmium dans les sols agricoles, une épine environnementale tenace

Présent dans l’alimentation via des sols contaminés, ce métal lourd toxique pose un défi majeur de dépollution, les solutions actuelles restant largement inadaptées aux terres cultivées.
L’agence sanitaire Anses a récemment confirmé que l’alimentation constitue en France la principale voie d’exposition au cadmium, un élément nocif pour la reproduction et classé comme cancérogène lors d’une exposition chronique. Pour contrer ce risque, l’instance préconise une réduction de la teneur en cadmium des engrais minéraux phosphatés et des actions visant à diminuer durablement la contamination des sols.
Si la présence naturelle de ce métal varie selon la composition géologique des terrains, étant plus marquée sur les roches calcaires de certaines régions comme la Champagne ou le Jura, l’apport actuel provient pour moitié ou plus des engrais phosphatés. Un chercheur de l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement précise toutefois que ces apports annuels, bien que réels, ne représentent qu’une infime partie du stock total déjà présent dans le sol. L’essentiel de cette contamination est en effet héritée de l’histoire géologique, des retombées industrielles passées et de l’utilisation intensive d’engrais au cours du siècle dernier. Même si l’apport contemporain est modeste, sa persistance sur cent ans pourrait accroître le stock actuel d’environ un dixième, justifiant la volonté de limiter cette pollution.
La question de la dépollution des sols agricoles se heurte à des obstacles techniques considérables. Si des technologies existent pour traiter les métaux lourds, elles reposent sur des moyens lourds et des durées d’intervention peu compatibles avec le rythme d’une exploitation agricole. Le traitement lui-même risque d’altérer la matière organique essentielle à la fertilité des sols. La voie de la phytoremédiation, qui utilise des plantes pour extraire les polluants, demeure cantonnée au stade expérimental. Les espèces dites hyperaccumulatrices, capables de stocker le cadmium dans leurs parties aériennes, sont rares et à croissance lente, tandis que les plantes à forte biomasse accumulent moins efficacement. De plus, la gestion des végétaux contaminés après récolte pose un problème logistique et environnemental non résolu.
Face à ces difficultés, les stratégies actuelles privilégient la prévention. La limitation de l’usage des engrais de synthèse, déjà réduite de manière significative depuis les années 1980, reste une recommandation centrale. L’introduction de plantes fixatrices d’azote ou de phosphore dans les rotations culturales est encouragée. Parallèlement, la recherche agronomique explore le développement de variétés végétales qui accumulent moins le cadmium. Des travaux prometteurs sur le blé dur ont ainsi permis d’identifier un gène favorisant la rétention du métal dans les racines, aboutissant à des graines dont la teneur est deux à trois fois inférieure à celle des variétés classiques. Ces avancées génétiques offrent une piste concrète pour réduire l’exposition alimentaire, en attendant des solutions de dépollution à plus long terme.

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