Économie
L’artisanat japonais face aux aléas de la diplomatie commerciale américaine


Dans la cité historique de Seki, berceau de la coutellerie nippone, les maîtres couteliers accueillent avec pragmatisme les récentes négociations entre Tokyo et Washington.
Au cœur des montagnes de la préfecture de Gifu, la ville de Seki perpétue depuis sept siècles un savoir-faire ancestral dans la fabrication de lames d’exception. Alors que les tensions commerciales entre le Japon et les États-Unis faisaient craindre une hausse des tarifs douaniers, les artisans locaux affichent aujourd’hui un calme mesuré. L’annonce d’une réduction des taxes à 15 %, contre 25 % initialement envisagés, a été accueillie avec un mélange de soulagement et de lucidité.
Pour Katsumi Sumikama, dirigeant d’une entreprise familiale spécialisée dans la coutellerie haut de gamme, cette issue n’a rien d’inattendu. Il perçoit dans cette négociation la marque d’une stratégie bien rodée, consistant à surévaluer les exigences pour ensuite concéder un compromis présenté comme une victoire. « C’est une méthode qui semble correspondre au style de l’ancien président américain », confie-t-il, sans amertume mais avec une pointe d’ironie.
Si les projecteurs médiatiques se sont surtout braqués sur les secteurs automobile et sidérurgique, l’industrie de la coutellerie japonaise n’en demeure pas moins un symbole de l’excellence artisanale nippone, particulièrement prisée outre-Atlantique. La pandémie a d’ailleurs renforcé l’attrait pour ces produits d’exception, portés par l’engouement mondial pour les arts de la table et la cuisine maison.
Malgré tout, l’Amérique du Nord ne représente qu’une part modeste du chiffre d’affaires de l’atelier Sumikama, qui exporte principalement vers l’Europe et l’Asie. Une diversification qui lui permet de naviguer avec sérénité à travers les fluctuations économiques. « Nos clients américains ont connu bien d’autres tempêtes », rappelle le maître coutelier, évoquant les crises monétaires des décennies passées.
Dans les ateliers où se mêlent technologie de pointe et gestes ancestraux, chaque lame est le fruit d’une précision infaillible, alliant tradition et innovation. Une excellence que M. Sumikama juge inimitable, quelle que soit la volonté affichée par d’autres nations de rivaliser avec ce savoir-faire séculaire. « Certaines choses ne s’improvisent pas », conclut-il, avec la tranquille assurance de ceux dont l’art transcende les contingences politiques.





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