Monde
Kaboul, l’étonnant paradoxe de la chirurgie esthétique sous régime taliban

Alors que les salons de coiffure sont interdits aux femmes, les cliniques proposant botox et greffes capillaires se multiplient dans la capitale afghane, attirant une clientèle aisée en quête d’échappatoire.
Dans les quartiers huppés de Kaboul, une vingtaine d’établissements aux apparences de palaces défient l’austérité ambiante. Sous des lustres étincelants et entre des canapés de velours, ces cliniques proposent des services de médecine esthétique allant des injections de botox aux greffes de barbe, en passant par les liftings. Un phénomène qui contraste singulièrement avec les restrictions imposées par le pouvoir en place.
Ces centres spécialisés, quasi inexistants durant les deux décennies de conflit, ont connu un essor notable depuis le retour des talibans en 2021. Une relative stabilité sécuritaire et l’arrivée de matériel high-tech en provenance de Chine ou d’Europe ont favorisé leur développement. Des médecins turcs forment régulièrement des praticiens afghans, tandis que certains suivent des stages à l’étranger, notamment à Istanbul.
La clientèle, majoritairement issue de milieux aisés, se compose d’hommes soucieux de leur pilosité faciale – la barbe étant un marqueur social important – mais aussi de femmes, souvent lourdement maquillées sous leurs voiles. Pour ces dernières, la chirurgie esthétique représente parfois une forme de résistance intime. Une jeune stomatologue de 25 ans, empêchée d’exercer, confie avoir subi deux liftings pour retrouver « de l’énergie » en se regardant dans le mirour.
Si les autorités talibanes interdisent théoriquement toute modification de l’apparence physique au nom de la charia, elles toléreraient ces actes médicaux à condition que la non-mixité soit strictement respectée. Certains assurent même que des membres du régime fréquentent ces établissements.
Les tarifs pratiqués – jusqu’à plusieurs centaines d’euros pour une greffe capillaire – restent inaccessibles pour la majorité de la population, où près de la moitié vit sous le seuil de pauvreté. Pourtant, certains n’hésitent pas à s’endetter pour ces interventions, poussés par des standards de beauté véhiculés par les réseaux sociaux. Une réalité qui interroge dans un pays où des millions de personnes peinent à accéder aux soins de base ou à se nourrir convenablement.

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