Monde
Justice transitionnelle en Colombie, la JEP étend ses condamnations aux ex-militaires

Pour la première fois, la juridiction spéciale de paix s’attaque aux crimes commis par les forces armées. Douze anciens militaires viennent d’être reconnus coupables d’homicides et de disparitions forcées de civils présentés comme des guérilleros abattus au combat.
La Juridiction spéciale pour la paix (JEP) a rendu jeudi une décision historique en condamnant douze anciens membres des forces armées colombiennes, dont deux colonels, pour leur implication dans 135 homicides et disparitions forcées survenus entre 2002 et 2005. Ces civils avaient été illicitement présentés comme des combattants des FARC tués lors d’opérations militaires.
Conformément au cadre juridique établi par les accords de paix de 2016, les condamnés se verront appliquer des peines alternatives à l’emprisonnement. Ils devront accomplir huit années de liberté surveillée, durant lesquelles ils participeront à des travaux d’utilité collective. Ces mesures incluent notamment la construction de mémoriaux et de centres communautaires dans les régions des Caraïbes où ces exactions ont été perpétrées.
Cette décision intervient seulement deux jours après que la même juridiction eut condamné sept anciens commandants des FARC pour leur responsabilité dans plus de 21 000 enlèvements. Ces verdicts s’inscrivent dans le long processus de clarification judiciaire des crimes commis durant six décennies de conflit armé.
Les faits jugés relèvent du phénomène des « faux positifs », une pratique systémique ayant visé des milliers de jeunes, souvent issus de milieux défavorisés ou de communautés indigènes et afro-colombiennes. Président de la chambre, le magistrat Alejandro Ramelli a souligné qu’aucun Colombien n’aurait dû périr « dans le seul but d’alimenter des statistiques militaires ».
Les condamnations prononcées par la JEP, bien que symboliquement fortes, continuent de susciter des critiques parmi les victimes et leurs familles, qui estiment les sanctions insuffisantes au regard de la gravité des crimes. Certaines voix réclament désormais un recours devant des instances internationales.
Cette étape judiciaire marque un tournant dans le traitement équitable des responsabilités de tous les acteurs du conflit, qu’ils aient appartenu à la guérilla ou à l’armée régulière.

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