Économie
Goodyear dans la tourmente : des pneus défectueux au cœur d’un scandale judiciaire


Le fabricant américain risque une mise en examen pour homicide involontaire après plusieurs accidents mortels liés à des défauts de fabrication dissimulés.
Les représentants de Goodyear comparaissent cette semaine devant le juge d’instruction de Besançon dans une affaire qui pourrait conduire à la mise en examen du géant du pneumatique. Les entités françaises et luxembourgeoises du groupe sont visées pour des accusations graves, incluant des homicides involontaires et des pratiques commerciales trompeuses.
L’enquête se concentre sur trois accidents impliquant des poids lourds équipés de pneus Goodyear entre 2014 et 2016, ayant causé quatre décès. Les expertises ont révélé que ces drames résultaient de l’éclatement de pneus défectueux, sans lien avec des causes externes. Les modèles incriminés, Marathon LHS II et LHS II+, présentaient un défaut de fabrication connu du constructeur, qui n’a pourtant pas alerté ses clients de manière transparente.
Bien que Goodyear ait lancé des programmes d’échange volontaire dès 2013, récupérant environ la moitié des pneus concernés, l’entreprise a omis d’organiser un rappel obligatoire. Certains de ces pneumatiques défectueux circuleraient encore, notamment sur des plateformes de vente d’occasion en Europe de l’Est. Les autorités dénoncent une stratégie de dissimulation visant à préserver l’image de marque, au détriment de la sécurité des usagers.
L’affaire dépasse les frontières françaises : d’autres accidents similaires, survenus dans plusieurs pays européens, pourraient être liés aux mêmes défaillances. Les enquêteurs envisagent de partager leurs conclusions avec les juridictions concernées.
Cette procédure judiciaire trouve son origine dans le combat acharné d’une veuve, Sophie Rollet, qui a refusé de voir l’accident mortel de son mari, routier de profession, classé sans suite. Ses recherches obstinées ont mis en lumière un schéma récurrent d’accidents impliquant les pneus Goodyear, forçant les autorités à rouvrir le dossier.
Si la mise en examen est prononcée, Goodyear s’expose à des sanctions financières colossales, pouvant atteindre 10 % de son chiffre d’affaires. Une décision qui marquerait un tournant dans la responsabilisation des industriels face aux risques liés à leurs produits.





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