Monde
En Russie, des orthodoxes prient pour la paix malgré les appels à la victoire
Dans un monastère russe frontalier de l’Estonie, des croyants prient ouvertement pour une fin rapide de la guerre en Ukraine, défiant ainsi la ligne…


Dans un monastère russe frontalier de l’Estonie, des croyants prient ouvertement pour une fin rapide de la guerre en Ukraine, défiant ainsi la ligne officielle de l’Église orthodoxe. Un fossé qui révèle les fractures profondes d’une société écartelée entre aspirations pacifiques et soutien forcé au pouvoir.
Valentina a 69 ans. Elle sort du monastère de Pskov-Petchory, un haut lieu de pèlerinage perché dans le nord-ouest de la Russie. Autour d’elle, des femmes en fichus, des hommes barbus, des cierges qui brûlent. Mais dans sa prière, pas de mots pour les soldats russes. « Nous prions pour une seule chose : la paix », dit-elle. Un contraste saisissant avec la ligne officielle du patriarcat de Moscou, qui appelle chaque dimanche à demander à Dieu de « donner la victoire » aux forces russes. Depuis septembre 2022, une prière spéciale a été imposée dans toutes les églises. Ceux qui refusent de la lire sont sanctionnés. Trois cents prêtres avaient pourtant signé une pétition contre cette guerre dès février 2022. Plusieurs ont depuis été disciplinés ou ont quitté le pays.
Ioulia, économiste de 45 ans, ne cache pas son angoisse. Elle prie pour que son fils ne soit pas mobilisé et pour que le conflit cesse « le plus vite possible ». Dans une cour fleurie du monastère, Andreï, un vétéran de 49 ans, marche avec une canne. Blessé l’an dernier, il a passé des mois à l’hôpital. « Mes camarades m’écrivent du front. Deux d’entre eux ne sont pas revenus », raconte-t-il. Lui aussi espère un retour rapide des siens. « Il ne nous reste plus qu’à prier », souffle-t-il. Ces témoignages font écho aux sondages : 67 % des Russes se disent aujourd’hui favorables à des négociations avec l’Ukraine, un record depuis le début du conflit. Mais la pression du pouvoir et de l’Église reste forte. Le patriarche Kirill appelle régulièrement à prier pour Vladimir Poutine et pour « tous ceux qui défendent avec des armes les valeurs spirituelles de la Sainte Russie ».
Cette proximité entre l’Église et l’État pousse certains fidèles à prendre leurs distances. Arina, psychologue de 42 ans à Moscou, ne se confesse plus et fréquente rarement les offices. « La position de l’Église me déprime. Quand je regarde un prêtre, je me demande s’il est pour ou contre la guerre », confie-t-elle. Galina, enseignante de 49 ans, a même songé à « devenir catholique » après avoir été ébranlée par le soutien affiché à l’offensive. Pourtant, au monastère, le père Dmitri, 45 ans, en pèlerinage, garde espoir. « Si les gens prient pour la paix, la paix viendra. Et si les gens prient pour que le carnage continue, il y aura un carnage », dit-il. Un message qui résonne comme une ultime bougie dans une Russie où prier pour la paix est devenu un acte presque subversif.
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