Monde
Dix mois d’exil, l’attente interminable des réfugiés de Tulkarem

Après avoir été contraints de quitter leurs foyers, des milliers de Palestiniens vivent dans l’incertitude, partagés entre l’espoir d’un retour et la crainte d’un déplacement définitif.
Dans le nord de la Cisjordanie, des familles palestiniennes endurent une précarité grandissante depuis leur expulsion des camps de réfugiés au début de l’année. Hakam Irhil compte parmi ces déplacés qui ont trouvé refuge dans des écoles alentour, où l’intimité fait défaut et où chaque jour ressemble à une attente sans fin. Cet homme de 41 ans évoque avec nostalgie sa maison démolie durant une opération militaire israélienne, un logement qui abritait ses quatre enfants et symbolisait des décennies d’enracinement progressif.
Un récent rapport documente le sort de trente-deux mille personnes chassées de leurs habitations. Plus de huit cent cinquante structures résidentielles auraient été rasées dans trois camps, transformant des ruelles familières en artères militaires. Ces destructions systématiques s’accompagnent, selon certaines organisations, de déplacements forcés qualifiés de violations graves du droit international.
Les autorités israéliennes justifient ces interventions par la nécessité de contrer des groupes armés qui, affirment-elles, opèrent depuis des zones civiles. L’armée fait état d’une diminution notable des activités qu’elle qualifie de terroristes, sans pour autant préciser la durée prévisible de ces opérations. Sur le terrain, la tension reste palpable. Récemment, une manifestation pour le droit au retour a dégénéré près du camp de Nour Chams, donnant lieu à des tirs et blessant un professionnel des médias.
L’histoire résonne douloureusement avec le passé. Ces camps furent créés au lendemain du conflit de 1948, accueillant alors des centaines de milliers de personnes contraintes à l’exode. Aujourd’hui, leurs descendants redoutent de revivre ce traumatisme ancestral. Les rumeurs d’un retour possible en janvier circulent parmi les familles déplacées, mais l’expérience récente nourrit leur scepticisme. Comme le confie Hakam Irhil, chaque promesse reportée creuse un peu plus la blessure de l’incertitude.

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