Faits Divers
Champagne : la face cachée des vendanges, un procès pour exploitation humaine


Derrière l’éclat des bulles, des travailleurs réduits à l’esclavage moderne. Le parquet a requis des peines sévères contre trois responsables accusés d’avoir exploité des saisonniers dans des conditions indignes.
Le tribunal correctionnel de Châlons-en-Champagne a examiné jeudi un dossier sordide mettant en lumière l’exploitation de dizaines de vendangeurs, souvent en situation irrégulière, lors des récoltes de 2023. La gérante d’une entreprise viticole et deux recruteurs comparaissent pour traite d’êtres humains, travail dissimulé et hébergement insalubre. Le procureur a demandé jusqu’à quatre ans de prison, dont deux ferme, dénonçant des pratiques « inacceptables » derrière l’image prestigieuse du champagne.
Les faits remontent à un contrôle de l’inspection du travail à Nesle-le-Repons, près de Reims. Les agents avaient découvert des travailleurs entassés dans un bâtiment insalubre, sans eau ni nourriture suffisantes, dormant sur des matelas de fortune, avec des installations électriques dangereuses. Les toilettes, décrites comme « répugnantes », achevaient de peindre un tableau de conditions de vie indignes. « On nous traitait comme des esclaves », a témoigné l’un des saisonniers lors de l’audience.
La défense de la gérante, une ressortissante kirghize, a tenté de minimiser son rôle, arguant qu’elle n’était pas responsable de l’hébergement. Elle a finalement présenté des excuses, tandis que son avocat plaidait la relaxe, invoquant un manquement plutôt qu’une exploitation organisée. Les deux autres prévenus, accusés d’avoir recruté ces travailleurs vulnérables en Île-de-France, ont également rejeté la faute sur leur employeuse.
Outre les peines privatives de liberté, le parquet a requis la dissolution de l’entreprise impliquée et une amende de 200 000 euros pour une coopérative locale, accusée d’avoir fermé les yeux sur ces pratiques pour bénéficier de main-d’œuvre à bas coût. Les parties civiles, dont des syndicats et des associations de lutte contre l’esclavage moderne, ont salué cette fermeté, tout en déplorant un système de sous-traitance qui favorise l’impunité.
Ce procès intervient dans un contexte plus large de scandales entourant les vendanges en Champagne, marquées en 2023 par plusieurs décès de saisonniers, attribués à des conditions de travail extrêmes lors d’un épisode caniculaire. Les professionnels du secteur, désormais vigilants, espèrent que ce verdict enverra un signal fort pour encadrer davantage les pratiques saisonnières. Le jugement sera rendu le 21 juillet.





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