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Ces agresseurs étaient eux-mêmes des enfants brisés
Près de 40% des auteurs de violences sexuelles sur mineurs ont été victimes. Des psychiatres appellent à un dépistage systématique pour enrayer cette…


Près de 40% des auteurs de violences sexuelles sur mineurs ont été victimes. Des psychiatres appellent à un dépistage systématique pour enrayer cette fabrique d’agresseurs.
Derrière chaque agresseur d’enfant se cache trop souvent une ancienne victime. Les chiffres donnent le vertige. Selon plusieurs études, 40% des adultes qui commettent des violences sexuelles sur mineurs ont eux-mêmes subi des abus pendant leur enfance. Chez les adolescents auteurs de ces actes, la proportion grimpe à 70%. Un constat glaçant, mais pas une fatalité. Des psychiatres spécialisés le martèlent. L’État peut et doit casser ce cycle infernal. Il suffirait d’une politique de dépistage précoce et de prise en charge gratuite pour les victimes comme pour les agresseurs potentiels.
Le mécanisme est bien documenté. Un enfant agressé dans son cercle familial n’est souvent ni protégé ni soigné. Aujourd’hui, 74% des plaintes pour violences sexuelles sur mineurs sont classées sans suite. Privés de soutien, ces enfants grandissent avec des traumatismes profonds. Des cauchemars, des flashs, une détresse psychique permanente. Certains cherchent alors à s’anesthésier en reproduisant ce qu’ils ont subi. Ce n’est pas une excuse, c’est une explication. La psychiatre Muriel Salmona, auteure d’un ouvrage sur le sujet, parle d’une véritable « fabrique des agresseurs ». Elle insiste. Une prise en charge précoce centrée sur la mémoire traumatique est très efficace. Mais elle reste l’exception.
Pour endiguer cette fabrique, les spécialistes réclament des mesures concrètes depuis des décennies. Un dépistage systématique à plusieurs moments de la vie. Une ligne d’écoute anonyme, gratuite et disponible 24h sur 24. Des campagnes de prévention massives. Aujourd’hui, le numéro d’aide existant est peu connu et difficile à mémoriser. L’Allemagne montre pourtant la voie. Depuis 2005, elle propose une prise en charge confidentielle aux personnes attirées par les mineurs, avant tout passage à l’acte. Un message clair. On n’est pas responsable de ses pulsions, mais on est responsable de ses actes. Et on peut se faire soigner. Des traitements médicamenteux et des thérapies existent. Mais en France, les moyens manquent. Les patients ne sont vus qu’une fois par mois, voire par trimestre. Pas de quoi faire des miracles.
Le psychiatre Antoine Pelissolo résume bien l’enjeu. Une société mature ne se contente pas de punir après coup. Elle se donne les moyens d’empêcher les crimes d’avoir lieu. Chaque année, 160 000 enfants subissent un inceste ou des violences sexuelles en France. Soit un toutes les trois minutes. Derrière ces chiffres, il y a des vies brisées et, parfois, les futurs agresseurs d’autres enfants. Enrayer cette machine, c’est protéger les plus vulnérables aujourd’hui et éviter d’autres victimes demain. Les psychiatres le répètent. Les solutions sont connues. Il ne manque que la volonté politique.





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