Culture
Bad Bunny électrise l’économie et la fierté portoricaine


L’artiste transforme son île natale en destination incontournable, tout en défendant une approche responsable du tourisme.
La star internationale Bad Bunny, de son vrai nom Benito Antonio Martínez Ocasio, est bien plus qu’un phénomène musical. Son influence redessine désormais le paysage touristique et culturel de Porto Rico. Alors qu’il entame une série de trente concerts à San Juan, baptisée *No Me Quiero Ir De Aquí* (Je ne veux pas partir d’ici), le chanteur envoie un message clair à ses fans étrangers. Soutenir l’économie locale et respecter l’identité portoricaine devient une priorité.
Cette résidence artistique, dont les neuf premières dates sont réservées aux habitants de l’île, promet d’injecter plus de 200 millions de dollars dans l’économie locale. Une manne bienvenue durant la basse saison estivale. Pour Davelyn Tardi, représentante de l’agence Discover Puerto Rico, l’impact dépasse largement le cadre musical. Il s’agit d’une vitrine exceptionnelle pour la culture portoricaine, attirant des visiteurs du monde entier.
Dans les rues de San Juan, l’effervescence est palpable. Les commerces surfent sur la vague Bad Bunny, proposant cocktails et produits à son effigie. Azael Ayala, employé dans un bar du quartier branché de Santurce, constate une hausse notable des pourboires et une atmosphère vibrante. « Voir autant de monde découvrir notre île, c’est une fierté », confie-t-il.
Parmi les visiteurs, Arely Ortiz, étudiante californienne de 23 ans, est venue marcher dans les pas de son idole, bien qu’elle n’ait pas obtenu de billet pour le concert. Elle admire l’engagement de l’artiste envers ses racines. « Il montre que les Latinos peuvent atteindre les sommets. Il nous donne une voix », souligne-t-elle.
Cependant, cet afflux touristique soulève des questions. Porto Rico, territoire américain aux paysages paradisiaques, connaît depuis des années une pression immobilière croissante, avec des risques de gentrification. Bad Bunny lui-même aborde ces enjeux dans ses textes, comme dans *Turista*, où il dépeint les visiteurs comme des spectateurs éphémères, ignorants des réalités locales.
L’historien Jorell Meléndez Badillo rappelle que le tourisme a souvent été perçu comme une forme de colonialisme économique. « Nous devons nous demander quel type de visiteurs ces concerts vont attirer », nuance-t-il.
Ana Rodado, une Espagnole venue spécialement pour l’occasion, incarne cette nouvelle génération de voyageurs conscients. « Nous essayons de consommer local et de respecter les lieux », explique-t-elle. Son séjour inclut même un pèlerinage à Vega Baja, ville natale de Bad Bunny.
Sur scène, le chanteur livre bien plus qu’un spectacle. C’est une célébration de l’identité portoricaine, mêlant fierté, patrimoine et joie collective. Lors de sa première représentation, il a lancé, sous les ovations : « Je serai là pour les cent prochaines années. » Une promesse qui résonne bien au-delà de la musique.





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