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À Lille, des commerçants épuisés après les violences

Les violences qui ont touché Lille ont laissé des commerçants déjà fragilisés au bord de la rupture. Entre baisse des ventes, peur des clients et…

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À Lille, des commerçants épuisés après les violences

Les violences qui ont touché Lille ont laissé des commerçants déjà fragilisés au bord de la rupture. Entre baisse des ventes, peur des clients et sentiment d’abandon, beaucoup se demandent combien de temps ils pourront tenir.

Sam Debuire tient une boutique de pulls en mohair et alpaga dans le centre-ville de Lille. Sa jeune affaire cherchait encore son rythme, plombée par la crise du pouvoir d’achat. Les clients achètent un pull au lieu de trois ou quatre, raconte-t-il. Les violences ont ajouté une autre difficulté. Les habitants hésitent à revenir en centre-ville. « Je suis stressé, j’ai peur », confie ce commerçant. Il dit ne pas pouvoir se reposer et compare la situation à celle du Covid. « Les gens ont peur, ils ne viennent pas », déplore-t-il.

La période des fêtes de fin d’année est décisive pour ces commerces. Le président de CCI France, Alain di Crescenzo, alerte sur des professionnels qui craquent, avec des cas à tendance suicidaire et des réflexes d’autodéfense. Le constat s’ajoute à une usure plus ancienne. Depuis la crise des gilets jaunes, puis le Covid, l’inflation et la baisse de la consommation, les commerçants ont l’impression que les difficultés ne s’arrêtent jamais. Une porte-parole du Conseil du Commerce de France pointe aussi les manifestations, la multiplication des normes et le développement des plateformes asiatiques régulièrement accusées de concurrence déloyale. Chaque année, dit-elle, des événements font que les commerçants se sentent pris pour cibles.

À Lille, ce ras-le-bol se lit aussi chez un co-gérant d’une glacerie proche de la rue de Béthune. Sa fréquentation a chuté fortement. Il songe désormais à céder son affaire. Il reproche à la mairie de ne pas être passée lui apporter du soutien et se sent abandonné par les pouvoirs publics. « Je pense qu’on peut être considérés comme des gens courageux, on travaille énormément. Mais là on est juste en train de devenir aigris avant l’heure », lâche l’entrepreneur de 28 ans.

Aucun dispositif national spécifique n’a été mis en place pour accompagner les dirigeants et les commerçants. Des villes comme Nice ou Strasbourg ont déployé une cellule de soutien psychologique. Plusieurs structures existantes proposent aussi de l’aide. De nombreuses CCI ont intégré la prise en charge psychologique des commerçants à leur dispositif de crise, notamment à Lyon-Saint-Étienne, Paris ou Grenoble, souvent avec l’appui d’Apesa, un dispositif d’aide pour entrepreneurs en souffrance aiguë. La présidente d’Apesa France, Martine Tibérino-Champ, observe que les commerçants sont plus révoltés qu’abattus. Elle redoute que les difficultés apparaissent quand les démarches d’urgence laisseront place aux indemnisations et à la question de la viabilité de certains commerces. Les signalements restent peu nombreux. Les personnes touchées sont surtout mobilisées par les démarches d’urgence.

À Marseille, la CCI a recensé 500 commerces touchés, dont 331 sinistrés et 118 totalement pillés. Les responsables locaux alertent sur l’état psychologique de certains professionnels. Le président de la CCI métropolitaine Aix-Marseille-Provence, Jean-Luc Chauvin, a évoqué lors d’une rencontre avec Emmanuel Macron des commerçants du centre-ville désemparés et un besoin de soutien. Beaucoup sont en détresse, et ceux qui ont été pillés hésitent à rester, a-t-il ajouté. Apesa accompagne environ 2.400 entrepreneurs par an. Martine Tibérino-Champ craint une hausse de ce nombre. « J’espère me tromper », dit-elle, « mais il y en a qui ne vont pas s’en relever ».

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