Société
Manifestations en France, une marée humaine qui tient tête aux interdictions
Des centaines de milliers de personnes ont défilé samedi dans tout le pays pour le pouvoir d’achat et les services publics, sous la pluie et malgré les…

Des centaines de milliers de personnes ont défilé samedi dans tout le pays pour le pouvoir d’achat et les services publics, sous la pluie et malgré les mises en garde. Les comptages divergent fortement, mais la mobilisation se maintient à un niveau élevé, avec près d’un millier d’interpellations.
La rue n’a pas reculé. Samedi, les défilés ont rassemblé 800 000 personnes selon la CGT, un chiffre identique à la semaine précédente, dont 250 000 à Paris. Le ministère de l’Intérieur compte de son côté 410 000 manifestants, contre 550 000 sept jours plus tôt. Un écart considérable entre les deux méthodes de comptage, qui dessine deux lectures possibles de la journée. Dans les deux cas, la pluie qui a arrosé une large partie du pays et la recommandation d’Emmanuel Macron de ne pas manifester n’ont pas vidé les cortèges. L’Union étudiante a salué une journée de mobilisation « grande réussite ».
Côté sécurité, le dispositif avait été musclé de 20 %, avec 70 000 policiers et gendarmes déployés. Le ministre de l’Intérieur Laurent Nunez a salué des cortèges qui « se sont bien passés », en Relevant que les forces de l’ordre « ont été confrontées à un niveau de violence extrêmement élevé ». Près d’un millier d’interpellations ont été recensées, un bilan provisoire appelé à grimper encore de « manière significative » selon le ministre. À la même heure le 17 octobre, 385 arrestations avaient eu lieu. Les atteintes aux commerces restent, elles, « très limitées » d’après le ministère, alors que 2 000 à 3 000 magasins avaient été pillés le week-end précédent.
À Paris, 110 000 personnes ont marché sur un tracé imposé par la préfecture, en lisière de la capitale. En fin de cortège, des heurts ont éclaté entre les forces de l’ordre et environ 2 000 manifestants, dont 500 « casseurs » selon les autorités. Peu avant 20 heures, la préfecture annonçait que la manifestation avait été « entièrement dispersée ». Militaires de Sentinelle, unités d’élite comme le Raid ou le GIGN, hélicoptères et blindés ont été déployés dans plusieurs villes du pays.
En province, la journée s’est déroulée sans débordements majeurs, à quelques exceptions près. À Toulouse, une personne a été grièvement blessée à une main lors d’affrontements avec les forces de l’ordre en fin de manifestation, d’après la préfecture. À Marseille, de petits groupes ont continué à narguer les policiers à la tombée de la nuit, brûlant quelques poubelles, sans commune mesure avec les dégâts subis par les quartiers commerçants du centre-ville le 17 octobre. Plusieurs défilés initialement interdits ont finalement été autorisés, mais les interdictions sont restées en vigueur à Nancy, Metz, Besançon, Belfort, Rouen, Le Havre ou Toulon.
Sur le fond, les revendications se croisent. Le coût de la vie, la dégradation des services publics et la justice fiscale restent les moteurs, mais un nouveau motif s’est installé dans les cortèges, celui des interdictions de manifester, des périmètres bouclés et des parcours revus par les préfectures. « On nous prive de la liberté de pouvoir disposer de l’espace comme on le souhaite » et « globalement, c’est un ras-le-bol général », confie Léa Berthelot, comédienne de 26 ans, bonnet rouge, robe blanche et drapeau tricolore à la main. À Lille, Delphine, 47 ans, prévient que « ni le président, ni le temps, ne m’empêcheront de manifester », venue aussi « représenter » ses trois enfants étudiants qui travaillent pour financer leurs études. Marine Tondelier et Jean-Luc Mélenchon ont marché à Paris, ce dernier lançant à l’adresse du chef de l’État qu’« il est temps de céder ».
Les prochains rendez-vous se dessinent déjà. Les organisations étudiantes et lycéennes attendent des annonces concrètes lundi, après une rencontre avec le Premier ministre Sébastien Lecornu, tandis que les syndicats préparent une journée nationale de grèves et de manifestations le 5 novembre. Les gilets jaunes ont annoncé une nouvelle journée d’action le 31 octobre. La Ligue des droits de l’homme réclame pour sa part une mission d’observation des Nations unies, jugeant le maintien de l’ordre de ces dernières semaines « particulièrement chaotique et incohérent ». À Montpellier et Nice, des membres de l’ultradroite ont cherché la confrontation avec des manifestants d’ultragauche, selon Laurent Nunez, et à Lyon une douzaine de jeunes hommes masqués ont scandé « la rue la France nous appartient » dans une presqu’île interdite aux attroupements. À Orléans, le congrès du Rassemblement national réunissait plusieurs milliers de sympathisants à six mois de la présidentielle, tandis qu’entre 13 000 et 26 000 personnes participaient dans le calme à une manifestation contre « le racisme, le fascisme et l’impérialisme », à l’appel d’une cinquantaine d’organisations.
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