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En Suède, une nuit sous terre pour s’entraîner à affronter le pire

Un bunker en béton, une manivelle verte pour respirer et une trentaine de volontaires prêts à tester leurs réflexes. Pour la première fois, le pays…

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En Suède, une nuit sous terre pour s'entraîner à affronter le pire

Un bunker en béton, une manivelle verte pour respirer et une trentaine de volontaires prêts à tester leurs réflexes. Pour la première fois, le pays nordique a organisé un exercice nocturne dans un abri antiaérien, avec l’envie d’en tirer de vrais enseignements.

Direction Grums, une petite commune posée au bord d’un lac et cernée de grands pins. Trente-sept Suédois s’y présentent, sac de couchage sous le bras, devant une maison de retraite. Sous leurs pieds dort un abri. Cette nuit, ils vont y rester enfermés. Le principe peut surprendre, mais le contexte pousse le pays à ne rien laisser au hasard. Après des années de guerre en Ukraine et une série d’attaques hybrides à travers l’Europe, la Suède veut habituer sa population à l’idée du pire.

Avant la descente, un briefing. Les questions pleuvent. La porte blindée sera-t-elle vraiment fermée? Comment mesurer le niveau d’oxygène? Therese Rosenblad, la formatrice, répond avec patience. Elle prévient aussi qu’une poubelle entourée de trois panneaux de bois fera office de toilettes. Son objectif est clair. Observer comment les gens se comportent sous terre, à quarante, avec la chaleur et le CO2 qui grimpent, puis s’en servir pour concevoir un abri aussi supportable que possible le jour où il faudra s’y réfugier. Elle pense évidemment à l’Ukraine, qui a réveillé la Suède sur ce qui pourrait arriver et renforcé sa détermination à se préparer.

Dix groupes se forment et prennent la direction du bunker. Premier obstacle. Faire descendre un homme en fauteuil roulant le long d’un escalier gris et très raide. On l’extrait de son fauteuil, on le sanglé sur un matelas orange, et deux hommes le portent avec précaution jusqu’en bas. Le choix des participants n’a rien d’anodin. La ville a voulu des profils très différents pour coller au réel. Kally Fröjd, secrétaire, est venue avec son fils de six mois dans les bras. Pour elle, il faut savoir s’occuper d’un bébé dans ce genre d’endroit, et l’avenir lui paraît très incertain, surtout face à la menace russe.

Patrik Jordansson, charpentier, porte une lampe frontale. Lui aussi suit de près ce qui se passe en Europe et en Ukraine, au point d’avoir rejoint la garde nationale. Une invasion de la Suède? Il n’y croit pas vraiment. Mais il imagine sans mal un bombardement sur Stockholm, des infrastructures paralysées, un réseau électrique saboté.

Une fois installés, les volontaires forment un cercle et se présentent tour à tour pour briser la glace. L’un d’eux perd connaissance. Dans cet abri vieux de près de soixante ans, l’air est lourd. Alors, jour et nuit, il faut se relayer pour l’alimenter en oxygène à la main, en tournant une manivelle verte. Extinction des feux. Annika Alfredsson sort son popcorn, son livre et son oreiller, persuadée qu’elle va dormir comme une princesse.

Au réveil, le verdict tombe. Elle n’a pas dormi comme une princesse. Patrik, lui, a le dos en compote et griffonne ses impressions sur un cahier. Ces ressentis, comme ceux des autres, alimenteront l’étude d’une chercheuse, transmise au ministère de la Défense. La nuit n’a pas été si terrible, admet-il, malgré la chaleur et l’air sec. Mais il n’arrive pas à imaginer dormir ainsi trois ou quatre nuits d’affilée, comme en Ukraine, et espère de tout cœur que ça ne leur arrivera jamais pour de vrai.

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