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Vitale pour la planète, la forêt boréale aussi est en danger

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Elle brûle, elle tangue, elle est dévorée par les insectes. Et elle remonte vers le nord.

Vitale pour l’avenir de la planète, la forêt boréale, cet immense anneau de verdure qui encercle l’Arctique, est en danger, menacée comme la forêt amazonienne par le réchauffement climatique.

Déployée sur le Canada, la Scandinavie, la Russie et l’Alaska, celle que l’on appelle aussi taïga est fragilisée par les incendies qui se multiplient, la fonte du permafrost, les épidémies d’insectes rendues plus virulentes par des températures plus douces.

Et les experts sont formels, sa partie septentrionale gagne sur la toundra, tandis qu’au sud elle est grignotée par les prairies.

Dans sa cabane au Québec, dans un coin proche du fleuve Saint-Laurent, Jean-Luc Kanapé, membre du peuple Innu, vit en communion avec les peupliers tremble et les épinettes noires avec « l’énergie du vent, du froid », là où la voie lactée enflamme le ciel les nuits d’été.

« Quand je suis au cœur de la forêt, je sens que j’en fais partie. Les arbres sont comme mes racines », dit ce colosse de 47 ans.

Mais l’homme qui dédie sa vie à la défense des caribous, dont l’habitat est menacé par la disparition des forêts les plus anciennes sous l’effet du réchauffement et de la déforestation, est inquiet.

« Souvent, on dit il faut sauver la planète mais c’est faux », prévient-il, « c’est notre propre déclin » qui est en jeu.

Cette forêt – dont le nom vient de Borée, le titan de la mythologie grecque qui personnifie le vent du nord – couvre 10% des terres émergées et a une influence déterminante sur les océans du nord du globe et sur le climat mondial.

Avec ses 1,2 milliard d’hectares, la plus vaste étendue sauvage au monde (presque un tiers de toutes les zones boisées) freine le réchauffement en absorbant une part importante du dioxyde de carbone rejeté dans l’atmosphère.

Au total, elle stocke deux fois plus de carbone que l’ensemble des forêts tropicales, elle emmagasine également un étonnant volume d’eau douce.

Depuis toujours la forêt boréale, où l’intrusion de l’homme est limitée par des conditions extrêmes, subit des perturbations naturelles.

Mais les scientifiques s’inquiètent aujourd’hui de les voir se produire plus souvent, voire de devenir la nouvelle norme.

« Monstre » de feu

Les troncs morts s’élancent vers le ciel. Ils se dressent comme des fantômes, créant d’immenses taches blanches dans le vert intense de la forêt. A leurs pieds, de petits arbustes et des herbes sont le symbole de la lutte de la nature pour reprendre ses droits.

« Jamais de mon vivant, je ne reverrai un épicéa dans ces collines », dit tristement Harvey Sykes, 70 ans, ancien ouvrier de l’industrie pétrolière.

En pleine forêt boréale, la région de Fort McMurray en Alberta dans l’ouest du Canada, connue pour être le plus grand complexe industriel de sables bitumineux du monde, porte encore les stigmates du gigantesque incendie de mai 2016.

« Cet incendie, c’était un monstre », raconte l’homme, chemise à carreaux rouges sur le dos, en montrant les collines alentours par lesquelles le feu est arrivé.

Un mur de flammes, des nuages de fumée, une visibilité réduite sur des kilomètres et, au milieu, près de 90.000 habitants qui tentent de fuir dans le chaos par l’unique route d’accès.

« Un feu comme ça, vous ne l’affrontez pas. Vous vous levez, vous sortez de là », se souvient Harvey Sykes qui, comme beaucoup, a tout perdu à l’époque, sa maison, ses biens, les souvenirs d’une vie.

Cet incendie reste la plus grosse catastrophe de l’histoire du Canada avec plus de 2.500 bâtiments détruits et un coût de près de 10 milliards de dollars canadiens (7,30 milliards d’euros).

Un traumatisme dans le pays qui a vu, pour la première fois, ses habitants être directement percutés par les conséquences du réchauffement climatique sur la forêt boréale.

Aujourd’hui, ces méga-feux se multiplient en Alaska, au Canada ou en Sibérie. Ils sont l’un des plus grands dangers pour la forêt du nord.

Vagues de chaleur extrême

Tout un paradoxe car les feux font partie intégrante de son histoire.

Au même titre que le soleil ou la pluie, ils sont essentiels à son évolution. Notamment parce qu’ils libèrent de précieux éléments nutritifs présents dans le parterre forestier et créent des percées de lumière dans la canopée qui stimulent la croissance de nouveaux arbres.

En forêt boréale, ce sont les feux de cime qui dominent, plus intenses et difficiles à combattre que les feux de surface. Les feux de tourbière peuvent résister tout l’hiver sous la neige, produisant d’importantes quantités de fumée et d’émissions de monoxyde de carbone.

Résistantes au grand froid, toutes les plantes se sont adaptées au feu, comme les peupliers tremble qui brûlent vite mais repoussent facilement grâce aux rejets souterrains.

Certaines en sont même dépendantes, tels le pin gris ou l’épinette noire dont les cônes s’ouvrent et libèrent des graines au passage des flammes.

Mais les données recueillies au cours des dernières décennies indiquent que la fréquence des feux et leur intensité ont atteint un niveau anormal.

« On se retrouve avec une saison des feux qui est plus longue, plus sévère. Ils sont plus intenses et couvrent de plus grandes superficies », constate Yan Boulanger, chercheur en écologie forestière pour le ministère canadien des Ressources naturelles.

Les incendies détruisent deux fois plus de couverture forestière dans le monde qu’au début du siècle et 70% des surfaces dévorées par les flammes en 20 ans concernent les forêts boréales, ont confirmé en août des données satellitaires compilées par le Global Forest Watch (GFW), le World Resources Institute (WRI) et l’université du Maryland.

Les vagues de chaleur extrême sont désormais cinq fois plus probables qu’il y a un siècle et demi, estiment ces experts. Et le réchauffement frappe particulièrement les régions septentrionales, dont la zone boréale, puisque les températures y augmentent deux à trois fois plus vite que sur l’ensemble de la planète.

L’excès de chaleur entraîne plus d’éclairs, qui déclenchent souvent les incendies les plus dévastateurs, poursuit Yan Boulanger, 42 ans, passionné de météo à la longue barbe brune.

La destruction de la forêt par ces incendies entraîne des émissions massives de gaz à effet de serre, ce qui aggrave encore le changement climatique en l’auto-alimentant.

Et si les incendies sont l’une des manifestations extrêmes de la hausse des températures, ses conséquences sont plus vastes encore.

« Arbres ivres »

Pendant un moment, ils penchent: on les appelle les « arbres ivres ». Puis le sol finit de se dérober sous leurs racines. Alors, ils finissent par tomber.

Les experts appellent ce phénomène des hautes latitudes le « thermokarst ».

Ces affaissements de terrain qui provoquent de profondes dépressions avant de faire basculer les arbres sont dus à la déstabilisation du permafrost – ce sous-sol qui reste gelé en permanence deux ans consécutifs – sur lequel repose une partie de la forêt boréale.

« Avec le dégel du permafrost, vous avez le potentiel pour de grands changements », s’inquiète Diana Stralberg, chercheuse à Edmonton dans l’ouest canadien pour le ministère des Ressources naturelles.

« Ces zones sont soudain inondées et perdent des forêts » pour devenir des tourbières ou des lacs, explique-t-elle.

Tandis que dans le sol en dégel, les bactéries décomposent la biomasse stockée pendant des milliers d’années, entraînant des émissions de dioxyde de carbone et de méthane, gaz à effet de serre qui à leur tour accélèrent le réchauffement climatique.

Ailleurs, dans le nord de la forêt boréale, les arbres colonisent la toundra où ils trouvent dorénavant des conditions plus propices à leur développement.

Récemment, des scientifiques ont découvert que des épicéas blancs s’étaient déplacés vers le nord de l’Alaska dans une région de la toundra arctique qui n’avait pas connu de tels arbres depuis des millénaires. Ils avanceraient à un rythme de quatre kilomètres en une décennie.

En parallèle, au sud, la forêt boréale s’assèche rapidement pour se transformer en hautes herbes et en arbustes.

« Dans l’ouest, on pourrait se retrouver avec des forêts qui tout simplement se transforment en prairies puisque le degré de sécheresse ou la fréquence des perturbations est trop importante pour soutenir une population d’arbres », explique Yan Boulanger.

Diana Stralberg se souvient des premières cartes modélisant les effets du réchauffement climatique qu’elle a vues se dessiner sur son ordinateur quand elle a commencé à travailler sur les forêts boréales il y a quelques années.

« Je me suis dit +il y a une erreur+ car cela me paraissaient trop extrême pour être vrai ». Mais petit à petit, ses collègues sont arrivés aux mêmes conclusions: la forêt remonte rapidement, absorbant une partie de toundra au nord, mangée par la prairie au sud.

Le déplacement d’un écosystème n’est pas neutre.

« Vous pouvez perdre une forêt beaucoup plus rapidement qu’elle ne peut croître et fournir un habitat à la faune », poursuit la discrète scientifique de 52 ans.

Lorsque le mercure grimpe, l’évaporation se produit plus facilement et les plantes perdent de l’eau à un rythme élevé par transpiration. Elles ferment alors les pores de leurs feuilles et luttent pour leur survie. En ralentissant leur croissance, elles  perdent aussi un peu de leur capacité à éliminer le dioxyde de carbone de l’atmosphère. Un cercle vicieux.

« Phénomène d’emballement »

Ici, « on veut mesurer la résilience du réservoir de carbone que constitue le sol des forêts boréales ».

Le soleil a dû mal à percer jusqu’au sol, les arbres rivalisent pour capter la lumière. Des milliers d’aiguilles de pins recouvrent la mousse.

Dans l’ouest du Québec, le spécialiste du carbone forestier David Paré et ses équipes s’intéressent à la litière, ces débris végétaux en décomposition qui forment le sol des forêts.

La quantité de CO2 emmagasinée pendant des centaines d’années dans cette litière est cinq à six fois plus grande que celle retenue par les végétaux. C’est le puits de carbone de la forêt boréale.

Pour comprendre son fonctionnement et simuler l’avenir, les expériences se multiplient au Canada: par endroit le sous-sol est chauffé, à d’autres on modifie la quantité de litière au sol ou on coupe les racines des arbres…

Plantés dans les aiguilles de pin tombées au sol, des dizaines de petits drapeaux orange et des bacs en bois indiquent les différentes expérimentations en place depuis six ans.

« On veut comprendre combien de carbone s’accumule dans le sol et comment », explique David Paré, chercheur pour le gouvernement canadien.

« Car si avec le réchauffement, ce réservoir-là diminue, cela va créer davantage de réchauffement », ajoute cet adapte du ski de fond de 59 ans, au large sourire.

« Un phénomène d’emballement » que redoutent les scientifiques. A terme, cela pourrait faire perdre aux forêts boréales leur statut de puits de carbone. D’autant que la végétation y est menacée par un autre phénomène apparu avec la hausse des températures: la prolifération des insectes.

« Arpenteuse de la pruche »

C’est un paysage surprenant: au milieu d’une colline peuplée d’arbres bien verts et bien vivants, un carré constitué de squelettes d’arbres, dépouillés de leurs branches horizontales mais dont le tronc reste dressé vers le ciel.

« C’est comme si une bombe avait explosé, tous les arbres sont morts dans cette zone, tués par l’arpenteuse de la pruche », constate David Paré, casque de chantier sur la tête.

L’arpenteuse est un insecte « très virulent qui va manger toutes les aiguilles et aussi les feuilles en une seule saison », explique le chercheur en avançant avec peine au milieu des framboisiers qui ont colonisé l’espace pour le grand bonheur des ours friands du petit fruit rose.

Plusieurs phénomènes semblent entrer en action pour expliquer la multiplication des épidémies d’insectes, que l’on retrouve aussi en Scandinavie: les arbres déjà « stressés » par le manque d’eau sont moins résistants et les insectes profitent d’hivers moins froids ou d’étés plus longs.

Des centaines de milliers d’hectares de forêts sont également grignotés par la tordeuse des bourgeons de l’épinette, un insecte qui s’attaque principalement aux sapins au Canada.

« Avec le réchauffement global, la tordeuse a maintenant accès à des territoires où elle n’était pas ou très peu présente dans le passé », explique le chercheur Louis De Grandpré qui étudie la forêt depuis 30 ans.

L’essentiel est maintenant de mesurer sur le long terme les effets de ces épidémies « parce que l’on est vraiment dans l’inconnu sur le devenir de ces forêts-là », glisse le scientifique.

« Résilience »

« Il y a une limite à ce que les arbres peuvent encaisser », prévient David Paré.

A ce stade, la question de savoir si la forêt boréale peut atteindre un « point de basculement », seuil climatique au-delà duquel la libération de CO2 et de méthane est inéluctable et le changement de l’écosystème irréversible, demeure une interrogation dans les milieux scientifiques.

Il reste, pour les experts, l’espoir de la « résilience » de cet écosystème qui a déjà su s’adapter.

Il est encore possible de réduire les dégâts, estime Diana Stralberg.

« Nous avons étudié les zones qui resteront plus fraîches et plus humides dans un monde en réchauffement, comme les rives des grands lacs intérieurs, les grands complexes de tourbières et les flancs de collines orientés vers le nord », détaille-t-elle.

« Ce sont des zones où nous pouvons gagner du temps pour que les espèces adaptées au froid, comme les épicéas et les caribous, s’adaptent au changement climatique à court terme. »

Surveillance, reforestation, législation, progrès technologiques et surtout techniques ancestrales peuvent contribuer à maintenir ce puits de carbone.

« Le brûlage dit culturel peut être l’une des solutions combinées à certaines des nouvelles technologie », explique Amy Cardinal Christianson, chercheuse du service canadien des Forêts qui étudie les effets des incendies dans les communautés autochtones.

Pratiqués depuis des millénaires par les autochtones, ces brûlages maitrisés peuvent aider à diminuer l’importance des feux de forêt en éliminant notamment une partie de la végétation au sol. C’est « un feu lent, qui est un bon feu », dit cette membre du peuple Métis.

Contrairement à l’Amazonie, dans cette forêt du froid aux conditions inhospitalières, l’action directe de l’homme – comme la déforestation ou l’exploitation des sables bitumineux – est moins en cause que les « perturbations naturelles » dues au réchauffement climatique.

La solution, pour qu’elle continue de jouer son rôle essentiel pour la santé de la planète, ne peut être que globale, soulignent les experts.

Il faut, dit Yan Boulanger, garder « foi dans la génération qui suit »

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Planète

Déforestation: accord inédit de l’UE pour verdir ses importations

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Boire son café avec l’assurance de ne pas contribuer à la disparition de forêts à l’autre bout du monde: l’UE a scellé mardi un accord sans équivalent à ce jour pour interdire l’importation de produits s’ils contribuent à la déforestation, à quelques jours de la COP15 Biodiversité au Canada.

Le cacao, le café, le soja, mais aussi l’huile de palme, le bois, la viande bovine et le caoutchouc sont concernés, ainsi que plusieurs matières associées (cuir, ameublement, papier imprimé, charbon de bois…), selon ce texte conclu à l’issue de longues tractations entre le Parlement européen et les Etats membres de l’UE.

« Il s’agit d’une première dans le monde! C’est le café du petit-déjeuner, le chocolat que nous mangeons, le charbon dans nos barbecues, le papier de nos livres. C’est radical », s’est félicité Pascal Canfin (Renew, libéraux), président de la commission Environnement au Parlement européen.

A l’orée de la COP15 Biodiversité à Montréal, la décision de l’UE « non seulement change les règles du jeu de la consommation européenne, mais créé une incitation énorme pour les autres pays à changer leurs pratiques », salue Anke Schulmeister-Oldenhove, de l’ONG WWF, tandis que Global Witness applaudit « un moment historique ».

A l’origine de 16% de la déforestation mondiale par le biais de ses importations (majoritairement de soja et huile de palme, chiffres de 2017), l’UE est le deuxième destructeur de forêts tropicales derrière la Chine, selon le WWF.

L’importation dans l’UE sera interdite si ces produits sont issus de terres déboisées après décembre 2020. Les entreprises importatrices, responsables de leur chaîne d’approvisionnement, devront prouver la traçabilité via des données de géolocalisation des cultures, qui pourront être associées à des photos satellitaires.

« Change les règles du jeu »

Le texte avait été proposé en novembre 2021 par la Commission européenne, et repris dans ses grandes lignes par les Etats.

Mais les eurodéputés avaient voté en septembre pour le renforcer significativement, en élargissant la gamme de produits concernés, en particulier au caoutchouc, absent de la proposition initiale.

Le Parlement européen avait aussi réclamé d’étendre le champ du texte à d’autres écosystèmes boisés menacés, comme la savane du Cerrado (Brésil/Paraguay/Bolivie), dont provient une grande partie des importations européennes de soja.

L’accord trouvé entre eurodéputés et Etats stipule finalement que cette extension « à d’autres terres boisées » devra être envisagée au plus tard un an après l’entrée en vigueur du texte.

De même, après deux ans, la Commission est tenue d’étudier une possible extension à d’autres produits (comme le maïs, que les eurodéputés voulaient cibler dès maintenant), à d’autres écosystèmes riches en stockage de carbone et en biodiversité (tourbières…), mais aussi au secteur financier, une autre demande forte du Parlement.

L’UE pourrait ainsi envisager d’obliger les institutions financières à refuser des services financiers ou des crédits si ces derniers risquent d’être associés à des activités de déforestation.

Un report déploré par l’ONG Global Witness, selon laquelle les banques basées dans l’UE ont accordé en 2016-2020 quelque 30 milliards d’euros de financements à vingt géants de l’agroalimentaire responsables de déforestation.

Pas seulement les forêts primaires

En revanche, « nous avons obtenu une définition beaucoup plus robuste » pour couvrir l’ensemble des forêts, et non pas seulement les forêts primaires, a observé Christophe Hansen (PPE, droite), négociateur pour le Parlement.

Il se félicite également d’avoir pu inclure dans le texte final « des garanties pour protéger les droits des peuples autochtones »: les importateurs devront ainsi « vérifier la conformité avec la législation du pays de production en matière de droits de l’homme ».

Enfin, des règles strictes de mise en oeuvre ont été adoptées: au moins 9% des volumes importés depuis les pays où le risque de déforestation est élevé devront êtres contrôlés, et les amendes, calculées selon les dommages environnementaux, pourront atteindre jusqu’à 4% du chiffre d’affaires annuel dans l’UE.

Le WWF pointe néanmoins un « texte imparfait »: l’inclusion immédiate des savanes « aurait fait une immense différence pour des écosystèmes en danger permanent », pointe Mme Schulmeister-Oldenhove, regrettant aussi une définition de la déforestation limitée à « la conversion » en terres cultivées, sans inclure tous les dommages au sein d’aires forestées.

« C’est une avancée majeure (…) Mais les gouvernements européens devraient avoir honte de laisser des failles », a abondé John Hyland, de Greenpeace, jugeant que les peuples autochtones ne recevaient qu’une protection « très précaire » puisque s’appuyant sur le droit local, inégal selon les pays.

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Europe

L’île d’Ischia, exemple du fléau de l’urbanisation illégale qui frappe l’Italie

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Ischia, l’île du sud de l’Italie frappée le 26 novembre par un glissement de terrain meurtrier, est victime de sa géographie et de la météo, mais aussi d’un phénomène massif d’urbanisation illégale qui touche de nombreuses régions du pays, et aggrave les risques de catastrophe, affirment experts et responsables politiques.

Le drame « d’Ischia est une tragédie annoncée qui a des causes et des responsabilités précises: une gestion irresponsable du territoire qui, avec l’accélération des effets du changement climatique, est devenue une bombe à retardement », a dénoncé la branche italienne du Fonds mondial pour la nature (WWF) au lendemain de la tragédie.

« C’est très hypocrite de pleurer les victimes maintenant tout en continuant à construire là où on ne devrait pas le faire », fustige l’ONG.

Selon des experts, l’urbanisation légale ou illégale, conjuguée au déboisement, empêche les sols d’absorber l’eau des précipitations, comme cela s’est produit à Casamicciola Terme, localité de l’île où de fortes pluies ont imprégné les terrains surplombant la station thermale et entraîné le glissement meurtrier.

Les constructions abusives sont un sujet récurrent de polémique de l’autre côté des Alpes, les catastrophes naturelles meurtrières qui frappent fréquemment la péninsule étant régulièrement associées à ce fléau.

« Le phénomène triste et répandu des constructions abusives est, dans la mesure où il est la cause, ou l’une des causes des catastrophes, un sujet que l’on ne peut plus éviter », a admis jeudi le ministre de la Protection civile Nello Musumeci.

C’est encore plus vrai à Ischia, île d’origine volcanique de la baie de Naples dont les sols sont particulièrement instables.

« 49% du territoire d’Ischia est classé à haut ou très haut risque de glissement de terrain, avec plus de 13.000 personnes habitant dans ces zones », a expliqué mercredi le ministre de l’Environnement Gilberto Pichetto Fratin.

Chiffre plus inquiétant encore: 93,9% des communes italiennes sont à risque de glissement de terrain, d’inondation ou d’érosion de la côte, selon le dernier rapport de l’Institut supérieur pour la protection et la recherche sur l’environnement (ISPRA).

« Il n’est pas nécessaire d’être un spécialiste pour comprendre que les constructions illégales représentent un multiplicateur de risques qui va bien au-delà des personnes qui y habitent », selon le WWF.

« Clinique suisse »

Face aux constructions anarchiques, la solution la plus souvent choisie en Italie est l’amnistie. Mais la procédure est si longue et compliquée qu’il faut souvent plusieurs années pour obtenir une réponse de l’administration.

Rien qu’à Ischia, ce sont 27.000 demandes d’amnistie qui ont été déposées ces dernières années, selon les médias.

Et quand la justice décide finalement de démolir une construction abusive, ses occupants trouvent souvent des moyens pour contourner la décision.

Cité par le quotidien turinois La Stampa, Aldo De Chiara, un procureur de Naples retraité, spécialisé dans la lutte contre les constructions illégales, décortique les stratagèmes utilisés.

Les occupants d’une maison illégale « faisaient venir les enfants de toute la famille, au sens large, car la présence de mineurs justifie le renvoi de la destruction », raconte-t-il.

Autre technique employée: les forces de l’ordre lorsqu’elles arrivent « trouvent dans les pièces illégales, la véranda ou la salle à manger, des malades reliés à des perfusions comme dans une clinique suisse ».

Pour Sergio Piro, un hôtelier de 47 ans qui gère trois établissements dont un à Casamicciola Terme, les constructions illégales ne sont qu’une partie du problème.

« Quand il y a un glissement de terrain dans le nord de l’Italie, on parle de changement climatique, quand il y en a un dans le sud, on parle de constructions illégales », explique-t-il à l’AFP.

« Il est vrai qu’il y a des constructions illégales, mais dans ce cas précis c’est un pan de montagne qui s’est détaché car il n’y a pas eu de travaux de prévention, notamment d’entretien des canaux de drainage », relève-t-il.

« J’ai entendu un énorme bruit quand ce torrent de rochers et de terre a frappé les premières maisons », tempère l’hôtelier, qui tient à souligner que le reste de l’île d’Ischia, qui vit essentiellement du tourisme, fonctionne tout à fait normalement.

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Sur la Côte d’Azur, une interdiction de pêcher bénéfique à la biodiversité et aux pêcheurs

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Des récifs et des poissons protégés mais aussi davantage de prises pour les pêcheurs: depuis près de 20 ans, une interdiction de pêche dans une réserve sur la Côte d’Azur française produit des effets vertueux pour l’environnement et l’économie.

Des roches ocres plongent dans l’eau turquoise de Méditerranée sous un ciel d’hiver bleu immaculé: le Cap Roux, à Saint-Raphaël (Var), une pointe du massif de l’Esterel, reste sauvage malgré sa proximité avec la baie de Cannes.

Plus de 80 espèces marines évoluent ici, attirées par des herbiers de posidonie –sorte de forêt sous-marine–, des plateaux de roche et de coralligène, un « rocher vivant » formé d’algues et de corail, qui constituent des lieux privilégiés pour se nourrir et se reproduire.

Depuis 2004, sur 450 hectares, la pêche sous toutes ses formes, professionnelle ou non, est formellement interdite, une décision radicale prise à la demande des pêcheurs eux-mêmes pour « préserver la ressource ».

« Les pêcheurs se faisaient du souci pour l’avenir et ont dit +on va geler un endroit pour servir de nurserie pour repeupler alentour+ », témoigne Christian Decugis, premier prud’homme de pêche de Saint-Raphaël, à quelques jours de la COP15 des Nations unies sur la biodiversité qui se tiendra à Montréal du 7 au 19 décembre.

La zone d’interdiction, au coeur d’un site protégé au niveau européen par le label Natura 2000, a été choisie pour son éloignement des ports et, surtout, car c’est « un endroit naturellement riche, parce que faire une réserve dans un endroit déjà pourri ça sert à rien du tout », insiste M. Decugis.

« On a beaucoup plus de poissons, plus gros, des espèces en abondance », dans la zone protégée mais aussi aux alentours, poursuit-il, ce que confirment des études scientifiques et expérimentales.

L' »effet réserve » est bien vérifié pour les mérous et les corbs par exemple, et profite particulièrement aux rascasses et aux daurades.

Penser au lendemain

En 2017, une étude de l’Association pour la pêche et les activités maritimes a montré que le revenu par pêche est « significativement plus élevé dans la zone à proximité du cantonnement –partie où la pêche est interdite–, que dans des zones plus distantes ».

« En termes d’image, une profession qui se prend en main, qui pense à son lendemain, c’est très porteur pour les pêcheurs », souvent décriés et montrés du doigt, relève M. Decugis.

Seule ombre au tableau: le cantonnement, « c’est un coffre-fort à ciel ouvert », qui souffre du braconnage, déplore-t-il.

Co-animatrice du site Natura 2000 pour l’agglomération Estérel Côte d’Azur, Julia Toscano participe à des sorties en mer pour surveiller le cantonnement de mai à septembre, et appelle police municipale ou gendarmerie quand elle constate une infraction.

A travers un projet porté par l’Office français pour la biodiversité, l’association du cantonnement de pêche espère obtenir bientôt des caméras « qui nous permettraient de surveiller cette fréquentation et les gens venus pêcher ou chasser, etc ».

Dans la plupart des cas, insiste toutefois Mme Toscano, les prélèvements illégaux sont dus à la « méconnaissance » d’amateurs « partis faire de la pêche de loisirs mais, en étant dans une zone réglementée, ça s’apparente à du braconnage ».

Pour lutter contre cette ignorance, Julia Toscano mise surtout sur la sensibilisation, l’affichage, le dialogue.

Une grosse partie des actions du cantonnement –sur lesquelles plusieurs structures se chevauchent, dont la mairie de Saint-Raphaël, l’association de pêcheurs, ou encore l’agglomération–, porte d’ailleurs sur le balisage sur terre et en mer.

Car la pression touristique s’est accrue sur le site depuis 2019, et notamment la fréquentation des bateaux de plaisance de plus de 24 mètres.

Bancs de poissons et récifs colorés attirent aussi de nombreux plongeurs, une activité qui génère 500.000 euros de chiffre d’affaires annuel pour les clubs de plongée, relève Fabien Rozec, responsable de l’Observatoire marin pour l’agglomération.

Grâce à des fonds européens, le cantonnement de pêche a été équipé de bouées écologiques permettant aux clubs de plongée de ne plus jeter l’ancre. L’objectif, toujours: préserver la biodiversité tout en conservant la manne économique.

« Au fil des ans », assure M. Rozec, les plaisanciers adoptent un comportement plus responsable, par exemple, « en privilégiant l’ancrage sur des poches de sable plutôt que dans l’herbier de posidonie. »

L’expérience du Cap Roux, « c’est un peu ce que veut faire la France avec ses Zones de protection forte (ZPF) où justement il y aura vraiment des aires marines protégées, pas comme aujourd’hui des aires marines de papier sans aucune restriction ou presque », conclut M. Decugis.

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