Économie
Une série de perquisitions secoue l’empire Altice dans une affaire de corruption

Le Parquet national financier a déployé des moyens exceptionnels pour percer ce qui pourrait constituer un vaste système de détournement de fonds au sein du groupe de télécommunications.
Plus de soixante-dix enquêteurs judiciaires ont simultanément investi quinze domiciles et quatorze entreprises réparties en Île-de-France, en Corse, dans le Var et dans les Vosges. Ces opérations s’inscrivent dans le cadre d’une information judiciaire ouverte en septembre 2023 pour corruption privée, escroquerie et blanchiment en bande organisée. Le procureur financier Jean-François Bohnert a confirmé que des saisies substantielles avaient été réalisées, incluant plus de quatorze millions d’euros sur des comptes bancaires ainsi que des véhicules et objets de luxe.
L’enquête vise un dispositif complexe qui aurait permis, par l’interposition de sociétés écrans entre Altice et certains fournisseurs, la surfacturation de prestations et de biens. Les fonds ainsi obtenus auraient ensuite alimenté des circuits de blanchiment impliquant des structures basées en France et à l’étranger. Cette procédure française fait suite aux investigations portugaises déclenchées après l’arrestation en juillet 2023 d’Armando Pereira, ancien proche collaborateur de Patrick Drahi.
Le groupe Altice, sollicité par l’Agence France-Presse, a indiqué ne pas commenter ces développements judiciaires tout en précisant qu’aucune perquisition n’avait visé directement ses locaux. Selon des sources proches du dossier, Altice et sa filiale SFR ont déposé plainte au printemps 2024 contre M. Pereira et des sociétés sous-traitantes qu’ils soupçonnent d’être impliquées dans ces agissements.
Les conseils de l’ancien cofondateur d’Altice ont pour leur part exprimé des réserves sur le calendrier de l’enquête, tout en réaffirmant la volonté de leur client de collaborer avec la justice. La procédure portugaise suspecte M. Pereira d’avoir mis en place un réseau de fournisseurs permettant de détourner des fonds via la politique d’achats du groupe, des accusations que l’intéressé conteste fermement.
Cette affaire a provoqué des tensions profondes entre les deux anciens associés. Patrick Drahi s’était précédemment déclaré trahi par des individus au sein de son organisation, conduisant au départ de plusieurs cadres. Parallèlement aux procédures pénales, une action civile oppose les deux hommes en Suisse, où M. Pereira réclamerait au moins 1,4 milliard d’euros pour sa participation présumée dans des filiales du groupe.

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