Planète
Une première en Méditerranée, l’immersion contrôlée d’un cachalot pour la science

Une initiative inédite alliant sécurité maritime et recherche océanographique vient d’être menée à bien au large des côtes corses, ouvrant de nouvelles perspectives pour l’étude des écosystèmes profonds.
Les autorités maritimes ont procédé à l’immersion en eaux profondes de la dépouille d’un cachalot récupérée au large de la Corse. Cette opération constitue une première en Méditerranée dans le cadre du programme Immercet, développé pour répondre à la problématique des carcasses dérivantes. Ces dernières représentent en effet un risque notable pour la navigation, tout en posant des défis logistiques et environnementaux lors de leur élimination.
Jusqu’à présent, les solutions disponibles se limitaient à des méthodes présentant d’importantes contraintes, qu’il s’agisse du traitement à terre, complexe et susceptible de générer des pollutions, ou de la destruction en mer, néfaste pour la faune marine. Le nouveau protocole, élaboré en collaboration avec des organismes de protection des cétacés, propose une alternative consistant à remorquer les carcasses vers des zones abyssales où elles sont ensuite immergées après avoir été lestées.
Après un premier essai infructueux au début de l’année, la manœuvre a été couronnée de succès en juillet dernier lorsqu’un cétacé a été repéré à la dérive puis localisé près de Calvi. La dépouille a pu être tractée puis déposée par 660 mètres de fond. Cette immersion offre aux scientifiques une occasion unique d’observer la colonisation progressive de ces masses organiques par la faune des grands fonds.
Les chercheurs s’attendent à documenter la succession écologique caractéristique de ces milieux singuliers, depuis les prédateurs nécrophages comme les requins jusqu’aux communautés d’invertébrés spécialisés. Plusieurs de ces organismes sont suspectés de vivre exclusivement sur les carcasses de grands mammifères marins. Cette démarche revêt une importance particulière dans un contexte où la plupart des espèces de cétacés méditerranéens, à l’exception de deux types de dauphins, présentent des populations vulnérables.
Les collisions avec les navires constituent la principale cause de mortalité anthropique pour ces géants des mers, particulièrement exposés dans une zone soumise à un trafic maritime intense. La mise au point de ce dispositif s’inscrit donc dans une démarche globale visant à concilier sécurité maritime et préservation d’écosystèmes marins fragiles.

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