Économie
Une décennie de succès pour les cars Macron, mais des infrastructures à la traîne
Dix ans après leur lancement, les autocars longue distance séduisent par leur accessibilité, mais pâtissent de gares routières inadaptées.
Le paysage des transports français a connu une mutation notable depuis l’entrée en vigueur de la loi Macron en 2015, libéralisant le marché des autocars longue distance. Avec 11,1 millions de passagers en 2024, ce mode de transport affiche une croissance de 14 % par rapport à l’année précédente, dépassant largement les attentes initiales. Pourtant, cette réussite populaire se heurte à un écueil de taille : des infrastructures vieillissantes et souvent insuffisantes pour répondre aux besoins des voyageurs.
À Paris-Bercy, principale gare routière du pays, l’affluence est palpable, mais les conditions d’accueil laissent à désirer. Quais étroits, toilettes hors service, bancs surchargés… Autant de problèmes qui contrastent avec le dynamisme du secteur. Pour de nombreux usagers, comme Farah et Sofia, deux jeunes professionnelles régulières de la ligne Paris-Bruxelles, le choix du car repose avant tout sur des considérations budgétaires. « C’est moins cher que le train », résument-elles, malgré un temps de trajet bien supérieur.
Les opérateurs, FlixBus et BlaBlaCar Bus en tête, soulignent les atouts de ce mode de transport, notamment son bilan environnemental favorable. Selon les données de l’Autorité de régulation des transports (ART), les émissions par passager y sont cinq fois inférieures à celles des voitures et comparables à celles des TER. Mais ces avantages peinent à masquer les lacunes en matière d’équipements. « Le frein principal, c’est le manque d’infrastructures », déplore un responsable du secteur, pointant l’absence de véritables gares dédiées.
Les usagers comme les professionnels dénoncent des situations ubuesques, à l’image de la gare de Lille-Europe, où aucun service de base n’est disponible malgré plus d’un million de voyageurs annuels. « Il n’y a rien, juste un poteau à côté de la gare ferroviaire », s’indigne un représentant associatif. La gestion disparate des gares routières, laissée aux mains des collectivités locales, complique encore la donne, avec des disparités criantes d’une ville à l’autre.
Face à ces défis, les acteurs du secteur appellent à une meilleure coordination entre l’État et les territoires, espérant que les prochaines réformes intègrent enfin la question des infrastructures. Dix ans après leur lancement, les cars Macron ont prouvé leur utilité sociale et économique. Reste à leur offrir des gares à la hauteur de leur succès.
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