Culture
Savile Row rajeunit ses ateliers par la transmission

La célèbre rue des tailleurs londoniens connaît un renouveau générationnel grâce à un programme d’apprentissage qui séduit de plus en plus de jeunes aspirants, garantissant la pérennité d’un savoir-faire d’exception.
L’allure immuable de Savile Row, rue emblématique de la couture sur mesure masculine à Londres, dissimule une évolution notable au sein de ses ateliers historiques. Alors que se déroule la Fashion Week londonienne, ces lieux prestigieux, habitués à vêtir têtes couronnées et diplomates, mettent en lumière une nouvelle génération de tailleurs formés grâce à un programme structuré d’apprentissage.
Pendant des décennies, la transmission s’effectuait de manière informelle, certains maîtres tailleurs rechignant à divulguer les secrets d’un métier d’excellence. Conscients de la nécessité de pérenniser leurs techniques face à la concurrence du prêt-à-porter, les artisans de Savile Row ont instauré il y a une vingtaine d’années un parcours de formation diplômant. Depuis son lancement officiel en 2007 par la Savile Row Bespoke Association, plus d’une centaine d’apprentis ont été certifiés.
Les candidatures affluent désormais, contrastant avec la pénurie observée il y a encore quelques années. Les ateliers comme Henry Poole & Co ou Dege & Skinner enregistrent un nombre record de demandes, avec une parité croissante entre hommes et femmes. Les aspirants tailleurs suivent une formation rigoureuse de deux à six ans, se spécialisant dans la confection de vestes, de pantalons ou dans l’art du coupage, avant d’être évalués par un jury d’experts.
Dans l’atelier souterrain de Henry Poole, une ambiance studieuse et contemporaine règne entre machines à coudre et fond musical hip-hop. Wendy Berberi, 22 ans, témoigne de cet engouement. Après avoir intégré la maison pendant la pandémie, elle a achevé son apprentissage avec la conviction que l’accompagnement par un mentor est indispensable pour maîtriser ce métier.
Au-delà de l’attrait pour un savoir-faire d’exception, les responsables évoquent un changement de valeurs, accentué par la crise sanitaire. De plus en plus de jeunes privilégient des carrières manuelles et stables, où la compétence s’enrichit avec l’expérience. La London Academy of Bespoke, installée sur Savile Row, propose même des cours préparatoires face à l’afflux de candidats sensibles aux enjeux de durabilité et à l’opposition à la fast fashion.
Ce renouveau s’expose aussi lors de la Fashion Week, où le Golden Shears Award célèbre son cinquantième anniversaire en mettant en vitrine les créations primées des jeunes talents. Une manière d’affirmer que l’excellence artisanale, loin de s’éteindre, se réinvente grâce à une relève passionnée.

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