Culture
Mario Banushi, l’architecte d’un théâtre sans paroles


Le jeune metteur en scène albanais, récompensé à la Biennale de Venise, présente pour la première fois son œuvre à Paris. Son langage scénique, purement visuel et sensoriel, puise dans l’intime pour toucher à l’universel.
La scène européenne accueille une voix singulière, ou plutôt un regard. Mario Banushi, artiste albanais de vingt-sept ans, expose actuellement deux de ses créations aux Ateliers Berthier, après une remarquée participation au Festival d’Avignon et l’obtention du Lion d’argent à la dernière Biennale de Venise. Sa particularité tient à l’absence totale de texte dans ses spectacles. Il forge un théâtre d’images, où les corps, la lumière et les matières deviennent les seuls vecteurs d’émotion.
Ses deux performances parisiennes, « Goodbye, Lindita » et « Mami », sont des variations personnelles sur le deuil et les figures maternelles. Elles déploient des atmosphères picturales, des tableaux vivants où les interprètes, souvent nus, évoluent dans des jeux d’ombres, d’eau ou de terre. La bande-son, parfois peuplée de fanfares ou de chœurs, évoque discrètement les racines balkaniques de l’artiste. Pour Banushi, la scène est un espace de composition où priment la couleur, le mouvement et le décor.
Son inspiration ne naît pas de l’écrit, mais de la peinture et du cinéma. Il cite Jérôme Bosch, le Caravage, ou encore David Lynch et Sergueï Paradjanov. Le processus créatif commence toujours par le dessin, dans des carnets où il esquisse ses visions avant de les transposer sur le plateau. Cette approche découle d’un rapport complexe à la langue. Élevé entre l’Albanie et la Grèce, il explique avoir longtemps éprouvé le poids des mots, contraint de choisir dans quelle langue rêver ou penser. L’abandon du verbe fut pour lui une libération et une voie artistique.
Né en Grèce en 1998, Mario Banushi a passé son enfance en Albanie avant de rejoindre sa mère à Athènes. Diplômé du Conservatoire de la capitale grecque, il a présenté sa première mise en scène en 2022 dans un appartement transformé en lieu de spectacle. Ce travail lui a ouvert les portes du Théâtre national de Grèce et marqué le début d’une reconnaissance internationale. Ses pièces ont depuis été accueillies dans de nombreux festivals à travers l’Europe, en Australie et au Canada.
Pour lui, le langage corporel possède une universalité qui transcende les frontières. Il aspire à ce que les spectateurs, devant son travail, ne projettent pas seulement son histoire, mais ressentent la leur. L’artiste, qui a également réalisé un court-métrage primé à Toronto, n’exclut pas de retourner un jour au cinéma. Pour l’instant, il se consacre à l’élaboration de sa prochaine création, crayon en main, continuant de bâtir son théâtre silencieux et profondément humain.





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