Monde
L’Ukraine face à l’indicible : des mains qui enterrent l’infini


Dans le nord-est du pays, les professionnels des pompes funèbres et les artisans funéraires accomplissent quotidiennement leur douloureux devoir, confrontés à une guerre qui n’épargne ni les civils ni les combattants.
À Soumy, ville frontalière régulièrement frappée par les bombardements, les cercueils s’alignent dans les funérariums comme autant de témoignages silencieux du conflit. Svitlana Ostapenko, gérante d’une entreprise de pompes funèbres, avoue à demi-mot l’épuisement moral que représente cette tâche incessante. Les victimes, militaires comme civiles, affluent sans répit, et chaque jour apporte son lot de deuils à accompagner. Les médicaments deviennent une béquille pour tenir, confie-t-elle, tandis que les murs de la ville portent encore les cicatrices des récentes frappes.
Non loin de là, Petro Bondar consigne méticuleusement les noms des disparus, refusant de réduire ces existences à de simples statistiques. Pour lui, chaque nom inscrit dans son registre est une histoire interrompue, une famille brisée. Le sculpteur Igor Krouzo, quant à lui, grave dans la pierre les visages de ceux qui ne reviendront pas. Ancien militaire lui-même, il écoute les récits des proches, s’imprégnant de leur chagrin pour mieux immortaliser les défunts. Mais cette proximité avec la mort le hante jusque dans ses nuits, où les rêves se peuplent de silhouettes disparues.
Le cimetière militaire de Soumy s’étend inexorablement, ses allées envahies par les drapeaux ukrainiens flottant au-dessus des tombes fraîchement creusées. Les ouvriers s’affairent en silence, préparant les sépultures pour les soldats tombés au front, tandis qu’au loin résonnent encore les échos des combats. Les chiffres officiels, bien qu’effroyables, ne rendent qu’imparfaitement compte de l’hécatombe.
Dans cette région meurtrie, ceux qui accompagnent les défunts portent un fardeau invisible. Ils travaillent sans relâche, oscillant entre devoir et désespoir, s’accrochant à l’idée que leur geste, aussi douloureux soit-il, participe à préserver la mémoire des disparus. Une jeune femme enceinte se recueille devant la stèle d’un soldat, ultime hommage à une vie fauchée trop tôt. Le marbre, lui, gardera trace de ce sourire que la guerre a volé.





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