Culture
L’écriture face à la machine, l’éternel défi de la fiction


L’écrivain Pierre Lemaitre, auteur d’une vaste saga sur le XXe siècle, estime que la création romanesque demeure, pour un temps encore, un territoire préservé de l’intelligence artificielle. Il défend avec conviction la pérennité du besoin humain de récits.
L’écrivain français Pierre Lemaitre observe avec attention les progrès des technologies génératives. S’il reconnaît leur capacité à analyser et imiter un style existant, il juge l’intelligence artificielle encore incapable d’opérer le saut créatif fondamental. Pour lui, l’essence du roman réside dans cette capacité à inventer une forme neuve, à proposer un angle inédit pour aborder le réel. Cette conviction nourrit son propre travail d’auteur, qu’il conçoit comme un artisanat exigeant, poursuivi aussi longtemps que possible.
Son ambition littéraire est vaste. Elle consiste à traverser le siècle dernier au moyen d’une série de dix romans, dont sept sont déjà parus. Ce projet, accueilli avec scepticisme à ses débuts, s’inscrit dans la tradition des grandes fresques romanesques. Lemaitre y voit la manifestation d’un appétit constant des lecteurs pour les histoires bien construites, un besoin de fiction qu’il estime immuable depuis les mythes antiques. La littérature populaire, dans sa conception, reste un outil privilégié pour déchiffrer le monde.
Son approche se veut oblique. Pour évoquer la Première Guerre mondiale dans son précédent ouvrage, il avait délibérément choisi des faits méconnus. Il applique une méthode similaire à sa nouvelle trilogie, qui plongera au cœur des années 1970 et 1980. À travers le destin d’une famille, les Pelletier, il entend capturer les contradictions de cette époque, tiraillée entre les difficultés économiques des régions industrielles et l’effervescence culturelle. L’auteur décrit cette transition comme le passage d’une France bourgeoise à une modernité contestée, avant les basculements politiques des années quatre-vingt.
Pierre Lemaitre a décidé de clore sa saga avec la chute du mur de Berlin. Il ne souhaite pas prolonger son récit dans le siècle présent, jugant trop complexe la représentation d’une époque en cours. Selon lui, une distance de plusieurs décennies est nécessaire pour en discerner les lignes de force et en proposer une narration aboutie.
Son dernier roman, dont le tirage initial est considérable, s’inscrit dans un cycle éditorial au succès confirmé. Les volumes précédents de cette épopée familiale ont déjà rencontré un large public, confirmant l’actualité persistante du roman-fleuve auprès des lecteurs.





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