Économie
Le gouvernement tente un « grand réveil alimentaire » face à une agriculture en crise


Face à un secteur agricole fragilisé et méfiant, l’exécutif ouvre ce lundi un vaste chantier de réflexion destiné à redéfinir la politique agricole nationale pour la décennie à venir.
Le lancement des « conférences de la souveraineté alimentaire » intervient dans un contexte de profonde inquiétude pour la filière. Les indicateurs économiques sont alarmants, laissant présager un déficit de la balance commerciale agricole française cette année, une première depuis un demi-siècle. La dépendance aux importations s’est accentuée pour de nombreux produits de consommation courante, des fruits et légumes à la viande.
Annoncées au printemps dernier, ces concertations doivent se dérouler sur plusieurs mois, organisées par filières et par régions, avec l’objectif de présenter des conclusions au milieu de l’année prochaine. La ministre de l’Agriculture a fixé un cap ambitieux, évoquant la nécessité d’un « réarmement » productif pour garantir l’approvisionnement national dans un environnement international instable.
Cette démarche est toutefois accueillie avec une forte réserve par les principales organisations professionnelles. La FNSEA, premier syndicat agricole, a ainsi décidé de ne pas participer à la cérémonie d’ouverture, organisée ce lundi au marché de Rungis, y voyant avant tout une opération de communication. Les représentants du monde paysan soulignent l’urgence de mesures concrètes pour soutenir les revenus des exploitants, après des années de mises en garde restées sans effet.
Le climat social reste tendu, marqué par les mobilisations des derniers mois et la persistance de crises sanitaires et économiques dans l’élevage. Les critiques portent à la fois sur les contraintes réglementaires jugées excessives par certains et, à l’inverse, sur une vision jugée trop productiviste par d’autres. Plusieurs interprofessions ont déjà fait part de leur lassitude face à de nouvelles consultations, réclamant des décisions rapides.
L’ambition affichée par le gouvernement est de construire une stratégie décennale en partant de l’évolution de la demande, en associant étroitement les acteurs de la transformation agroalimentaire. L’objectif est d’identifier des projets structurants et des trajectoires de production compatibles avec les impératifs climatiques. Un ancien dirigeant du secteur coopératif a été nommé pour coordonner l’ensemble des travaux, qui associeront chercheurs, producteurs et industriels.
La ministre a également indiqué vouloir sensibiliser les consommateurs sur le poids de leurs choix d’achat, faisant de ce « réveil alimentaire » une cause nationale. Ce chantier complexe devra enfin s’articuler avec d’autres feuilles de route stratégiques, notamment en matière de nutrition et de transition écologique, dont les versions définitives se font toujours attendre.





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