Planète
Le dernier refuge des tortues vertes égyptiennes sous pression touristique


Dans le parc national de Wadi al-Gemal, une plage préservée de la mer Rouge cristallise les tensions entre protection environnementale et ambitions économiques.
Au cœur de la réserve naturelle de Wadi al-Gemal, la plage de Ras Hankorab demeure l’un des ultimes sanctuaires intacts pour la biodiversité marine égyptienne. Les tortues vertes, espèce protégée, y cohabitent encore avec les baigneurs dans des eaux turquoise bordées de récifs coralliens. Ce fragile équilibre pourrait toutefois être compromis par des projets d’aménagement touristique, suscitant l’inquiétude des défenseurs de l’environnement.
Classée parc national depuis 2003, cette zone abrite des écosystèmes marins exceptionnels, dont certains figurent parmi les plus résilients face au réchauffement climatique. Les scientifiques soulignent notamment la capacité unique des coraux locaux à résister à des températures élevées. Pourtant, l’apparition récente d’engins de chantier sur le littoral a déclenché une mobilisation inédite. Une pétition pour la sauvegarde du site a recuelli des milliers de signatures, tandis que des lanceurs d’alerte ont révélé l’existence d’un contrat d’usufruit accordé à un promoteur privé.
Si les travaux ont été temporairement suspendus sous la pression du ministère de l’Environnement, les ambiguïtés persistent. Aucune communication officielle n’a confirmé l’abandon définitif du projet, alimentant les craintes d’une reprise discrète des aménagements. Certains indices semblent d’ailleurs confirmer cette hypothèse. L’accès à la plage, jadis gratuit, est désormais payant, et des infrastructures nouvelles – parasols, sanitaires et même un futur café – ont fait leur apparition.
Cette situation s’inscrit dans un contexte national marqué par une stratégie agressive de développement touristique. Face à une crise économique persistante, les autorités misent sur le littoral pour attirer les investisseurs étrangers, notamment du Golfe. Le président Abdel Fattah al-Sissi a récemment affecté des milliers de kilomètres carrés de zones côtières au ministère des Finances, dans l’objectif déclaré de réduire la dette publique.
Les écologistes dénoncent une logique à courte vue, susceptible de sacrifier des joyaux naturels au profit de complexes hôteliers énergivores. Ils rappellent que la loi de 2003 interdit théoriquement toute activité incompatible avec la préservation des réserves naturelles. Pour l’heure, le sort de Ras Hankorab reste incertain, entre pressions immobilières et mobilisation citoyenne. Un symbole des dilemmes auxquels est confrontée l’Égypte, tiraillée entre impératifs économiques et urgences écologiques.





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