Europe
L’autonomie de la Corse en débat à l’Assemblée un compromis sous haute tension
Le gouvernement propose d’accorder à la Corse un pouvoir d’adaptation des lois. Une réforme constitutionnelle cruciale pour l’île, mais qui divise jusqu’au sein de la majorité.
Ce mardi, la commission des Lois de l’Assemblée nationale se penche sur un texte qui pourrait changer la relation entre la Corse et la République. L’idée est simple sur le papier permettre à l’île de modifier certaines lois et règlements pour tenir compte de ses « spécificités ». Derrière ce mot se cache en réalité un enjeu politique explosif. Le texte, qui doit ensuite être examiné dans l’hémicycle le 16 juin, est le fruit de longues discussions entre l’exécutif et l’Assemblée de Corse. Mais son chemin est semé d’embûches il devra être adopté par les deux chambres, puis validé par une majorité des trois cinquièmes des parlementaires réunis en Congrès. Une équation compliquée, d’autant que la question divise profondément.
Au cœur des débats se trouve le curseur de l’autonomie. Jusqu’où la Corse pourra-t-elle déroger aux règles nationales ? Le texte prévoit que les adaptations soient « justifiées par les spécificités » de l’île, sans préciser clairement les limites. Certains élus, comme François-Xavier Ceccoli (LR), jugent la marge trop large. Il craint que des pressions locales n’incitent à modifier des lois sensibles, et réclame un contrôle strict du Parlement français, ainsi que l’exclusion explicite des domaines régaliens (police, justice, défense). À l’inverse, Laurent Marcangeli (Horizons) met en garde contre un texte trop timide si l’on réduit trop la compétence normative, les autonomistes au pouvoir pourraient le rejeter. Un équilibre fragile.
Les oppositions, elles aussi, avancent leurs pions. Le Rassemblement national annonce d’ores et déjà une contre-proposition dans l’hémicycle, jugeant la rédaction actuelle « ne convient pas ». À gauche, La France insoumise ne ferme pas la porte, mais exige des garde-fous, comme un principe de non-régression sociale et environnementale. Le Parti socialiste, lui, n’a pas encore arrêté sa position. Un de ses députés résume le dilemme si le texte n’aboutit pas, les tensions en Corse pourraient resurgir. Une réforme de la Constitution ne se fait jamais à la légère. Celle-ci engage l’avenir institutionnel de l’île, et donc celui de la République tout entière.
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