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La vigne se cache sous les arbres pour survivre à la chaleur

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Face aux canicules à répétition, des vignerons français replantent des arbres au milieu de leurs vignes. Une solution ancestrale qui fait son grand retour pour protéger le raisin.

Dans la vallée du Rhône, Pierre-Jean Villa a transformé une friche en laboratoire à ciel ouvert. Sur sa parcelle, des pommiers, des poiriers et des noisetiers poussent en rangées serrées tous les quinze rangs de syrah. L’idée est simple: offrir de l’ombre et de l’humidité à la vigne, alors que les étés deviennent de plus en plus violents. Avec son fils Hugo, fraîchement diplômé de Montpellier Supagro, le vigneron a voulu recréer l’équilibre d’autrefois, quand le potager, le verger et la vigne cohabitaient. Ils ont même ramené des moutons et des abeilles. Pour l’instant, le pari est prometteur. Lors des vingt jours de canicule d’août 2025, cette parcelle s’en est mieux sortie que les autres, avec un rendement jugé correct.

Les scientifiques confirment que l’arbre change la donne. Christian Dupraz, chercheur à l’Inrae, étudie le sujet depuis 1997. Selon lui, les arbres limitent les dégâts du gel printanier, réduisent la température sur les feuilles et les baies, et peuvent même sauver une récolte entière. Il rappelle que la vigne est à l’origine une liane qui grimpait sur les arbres. Avec des températures estivales qui dépassent régulièrement les 40 degrés, la culture en plein soleil devient impossible. Aujourd’hui, entre 2 et 5% des surfaces viticoles françaises expérimentent cette méthode, de Bordeaux à la Champagne. Les Douanes ont d’ailleurs fixé un cadre légal en 2024, et certaines régions proposent des aides pour encourager la plantation.

Mais tout le monde ne saute pas le pas. Bernard Farges, président du Comité national des interprofessions des vins, tempère: les bénéfices sont longs à venir, et la crise du secteur donne d’autres priorités aux viticulteurs. Pourtant, pour ceux qui osent, l’arbre représente un investissement pour l’avenir. Pierre-Jean Villa le voit comme un projet intergénérationnel. Sa parcelle vitiforestière est devenue sa plus belle fierté. Les voisins commencent à s’y intéresser, et même des Bordelais sont venus observer. Car au-delà de la technique, il y a une question d’attractivité: une exploitation belle et variée donne envie de rester, de transmettre. Et pour la génération suivante, c’est un capital vert.

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