Monde
La Géorgie face à un scrutin local sous haute tension

Les électeurs géorgiens se rendent aux urnes ce samedi dans un climat politique extrêmement polarisé, tandis que l’opposition tente de transformer ce scrutin en un mouvement de protestation d’envergure.
Les bureaux de vote ont ouvert leurs portes ce samedi en Géorgie pour des élections municipales qui s’annoncent bien plus qu’un simple renouvellement des instances locales. L’opposition, emmenée par l’ancien président Mikheïl Saakachvili, a appelé ses partisans à boycotter le scrutin et à investir les rues pour manifester contre le pouvoir en place. Cette stratégie de confrontation place le pays dans une situation particulièrement volatile, d’autant que le Premier ministre Irakli Kobakhidzé a promis une réponse policière ferme en cas de débordements.
Le parti au pouvoir, Rêve géorgien, contrôlé par l’homme d’affaires Bidzina Ivanishvili, considère ce scrutin comme le premier test électoral depuis les législatives controversées d’octobre 2024. Ces dernières avaient provoqué une vague de protestations violemment réprimées, avec près d’une soixantaine d’arrestations parmi les dirigeants de l’opposition, journalistes et militants selon les organisations de défense des droits humains.
Dans un message publié sur les réseaux sociaux, Mikheïl Saakachvili, actuellement emprisonné, a qualifié cette journée de « dernière chance » pour sauver la démocratie géorgienne. Le chanteur d’opéra Paata Burchuladzé a pour sa part convoqué une « assemblée nationale » citoyenne devant le Parlement à Tbilissi, présentée comme une tentative pacifique de reprendre le pouvoir au parti majoritaire.
L’opinion publique apparaît profondément divisée sur l’opportunité de ces manifestations. Certains citoyens, à l’image d’un jeune architecte rencontré dans la capitale, estiment que le Rêve géorgien « détruit notre démocratie et notre avenir européen ». D’autres expriment un sentiment de résignation, comme cette enseignante qui constate amèrement que des mois de manifestations n’ont produit aucun changement tangible.
La situation politique géorgienne s’est considérablement complexifiée depuis l’arrivée au pouvoir du Rêve géorgien en 2012. Initialement présenté comme une alternative libérale au régime de Saakachvili, le parti est désormais accusé par ses détracteurs de se rapprocher de Moscou, notamment à travers l’adoption de lois controversées sur les « agents étrangers » et des mesures restrictives envers la communauté LGBT. Ces orientations ont conduit à la suspension du processus d’adhésion du pays à l’Union européenne.
Un récent sondage indique que le Rêve géorgien recueillerait environ 36% des intentions de vote, contre 54% pour l’opposition. Mais cette dernière peine à constituer un front uni, certaines formations politiques ayant choisi de participer au scrutin local malgré les appels au boycott. Cette division affaiblit considérablement la capacité de l’opposition à contester efficacement le pouvoir en place, dans un contexte où la société géorgienne semble épuisée par des années de confrontation politique.

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