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La canicule tue en silence des retraités retrouvés morts seuls chez eux

Alors que les températures s’envolent, des dizaines de personnes âgées meurent isolées dans des logements devenus des fournaises. Infirmiers et…

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La canicule tue en silence des retraités retrouvés morts seuls chez eux

Alors que les températures s’envolent, des dizaines de personnes âgées meurent isolées dans des logements devenus des fournaises. Infirmiers et professionnels du funéraire alertent sur une crise sanitaire invisible qui explose en dehors des hôpitaux.

Thierry a dû attendre des heures avant que les pompiers ne puissent intervenir. Sa tante, 80 ans, vivait seule au quatrième étage d’un immeuble parisien sans ascenseur, sous les combles. Son appartement n’était pas isolé. Certains soirs, le thermomètre montait jusqu’à 47 degrés. Elle n’avait que deux ventilateurs pour résister. Elle voulait rester à Paris, refusant d’être hébergée ailleurs. Samedi, plus de nouvelles. Thierry a autorisé les pompiers à briser les fenêtres. Trop tard. L’octogénaire était déjà morte. Ensuite, il a attendu un certificat de décès, puis l’arrivée des pompes funèbres jusqu’à 23 heures. Il a dû déplacer lui-même le corps avec une amie, mettre des glaçons pour ralentir la dégradation. Il dénonce un manque d’anticipation des autorités.

Ce drame ne fait pas la une des urgences, mais il s’est répété en silence ce week-end. SOS médecins a enregistré 3,5 fois plus de décès lors de visites à domicile par rapport à un jour normal. La plupart des victimes étaient très isolées, sans suivi médical régulier, sans passage d’infirmiers. Ce sont souvent des voisins inquiets qui frappent à la porte et appellent les secours. Depuis avril, les infirmiers diplômés depuis plus de trois ans peuvent établir des certificats de décès, une tâche auparavant réservée aux médecins. Résultat : la demande explose. Un infirmier en Charente-Maritime raconte avoir fait quatre certificats en un week-end, contre un ou deux par mois auparavant. Il décrit des retraités chez qui il faisait 35 degrés, avec des risques cardiovasculaires importants, qui auraient mérité une surveillance. Personne ne les voyait.

Les chambres funéraires, elles, saturent. D’habitude, leur taux d’occupation tourne autour de 30 à 45 % en été. Lundi, il dépassait 66 % au niveau national. Dans certaines zones urbaines denses, elles atteignent 100 %. À Paris intramuros, les deux seules chambres funéraires sont en capacité maximale depuis vendredi. Pour trouver une place, il faut parfois aller en banlieue, voire bien au-delà. Normalement, 80 % des défunts viennent des hôpitaux et 20 % du domicile. Aujourd’hui, plus de la moitié des décès ont lieu à domicile. Les crémations risquent de rallonger leurs créneaux, le personnel des cimetières d’être submergé. Des infirmiers proposent d’être inclus dans les plans canicule comme vigies des plus isolés, pour évaluer la situation clinique et réhydrater ou perfuser à domicile. Mais pour cela, il faudrait créer des actes médicaux rémunérés. En attendant, ce sont les voisins et les familles qui trinquent.

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