Nous rejoindre sur les réseaux

Économie

En Afrique du Sud la chasse aux immigrés s’organise

Depuis plusieurs mois des mouvements citoyens réclament le départ de tous les étrangers en situation irrégulière. La campagne a déjà poussé plus de 25 000…

Article

le

En Afrique du Sud la chasse aux immigrés s'organise

Depuis plusieurs mois des mouvements citoyens réclament le départ de tous les étrangers en situation irrégulière. La campagne a déjà poussé plus de 25 000 personnes à quitter le pays et des violences font craindre le pire.

Derrière ces rassemblements, on trouve un mélange de groupes antimigrants et de petits partis politiques. En tête des cortèges, des hommes en tenues traditionnelles zoulous accusent les sans-papiers de leur voler leurs emplois et d’attiser la criminalité. Un argument qui prend dans un pays où le chômage touche un tiers de la population active. Pourtant, une étude de 2018 montre que chaque travailleur immigré a créé environ deux emplois pour des Sud-Africains entre 1996 et 2011, grâce à l’entreprenariat et à leurs dépenses locales. Mais la désinformation sur les réseaux sociaux amplifie la colère. Des vidéos trompeuses et une couverture télévisée en direct servent de caisse de résonance. Pour le politologue Sandile Swana, on assiste à une nouvelle forme de violence entre Noirs qui détourne l’attention des vrais responsables de la crise économique.

Cette vague n’est pas la première. En 2008, 62 personnes avaient été tuées lors d’émeutes antimigrants. En 2019, des groupes armés avaient ciblé des commerces étrangers près de Johannesburg, faisant au moins 12 morts. Mais les analystes estiment que la campagne actuelle est bien mieux organisée. Elle a déjà conduit au départ de milliers de migrants. Et surtout, la rhétorique xénophobe gagne du terrain au-delà des cercles marginaux. William Gumede, professeur à l’Université du Witwatersrand, souligne que ce niveau d’acceptation était impensable il y a quelques années. C’est une dimension nouvelle et inquiétante.

Les violences se multiplient. La police enquête sur la mort de deux Mozambicains, un Éthiopien et un Malawite, directement liés aux tensions. Les autorités mozambicaines parlent de cinq ressortissants tués et l’Ouganda déplore un citoyen battu à mort. Des informations que l’AFP n’a pas pu confirmer indépendamment. Au quotidien, des Sud-Africains ordinaires se livrent à des contrôles d’identité au faciès dans la rue. Des migrants racontent avoir été chassés de leur logement par leur propriétaire ou licenciés par crainte de représailles. Des magasins ont été pillés. Le climat est devenu irrespirable pour les étrangers, même pour ceux qui travaillent et paient leurs impôts.

Face à cette pression, plusieurs pays africains ont affrété des avions ou des bus pour rapatrier leurs ressortissants. Le Ghana a fait rentrer plus d’un millier de personnes, le Nigeria environ 600. Selon l’Autorité sud-africaine de gestion des frontières, plus de 15 000 Malawites, Zimbabwéens et Mozambicains sont repartis par leurs propres moyens ou via des convois organisés. La grande majorité d’entre eux vivaient sans papiers en Afrique du Sud. Des milliers d’autres attendent encore dans des camps de fortune devant leur consulat, au Cap, à Durban ou à Johannesburg. Le gouvernement sud-africain rejette les accusations de xénophobie. Il appelle les pays africains à régler les crises économiques et de gouvernance qui poussent leurs citoyens à émigrer. Mais sur le terrain, la peur et la colère continuent de monter.

À lire aussi

Click to comment

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Les + Lus