Monde
Dans l’est de la Centrafrique, d’anciens enfants soldats tentent de se reconstruire par l’apprentissage d’un métier
Dans une salle de classe de Bria, une ville de l’est centrafricain marquée par une insécurité persistante, des adolescents âgés de 14 à 17 ans manient désormais l’aiguille et le tissu pour tenter d’oublier les violences qu’ils ont subies au sein des groupes armés.
Christophe Yonaba, leur formateur, décrit des élèves au comportement parfois imprévisible. « Certains conservent des réflexes violents, d’autres restent dans un état de stress permanent. Il arrive qu’ils demeurent silencieux, puis s’animent soudainement, comme si un obstacle intérieur se brisait », confie-t-il. Ces jeunes apprentis couturiers sont tous d’anciens enfants soldats.
Dans cette région orientale du pays, fracturée par des décennies de conflits, ces adolescents tentent, avec le soutien d’une organisation locale, de dépasser leurs traumatismes pour envisager un avenir hors de la violence. « Chacun d’entre eux a, à un moment donné, été capturé par des groupes armés », explique l’instructeur, qui enseigne depuis trois ans.
Bria, surnommée « la scintillante » en raison de ses gisements de diamants, est le chef-lieu de la Haute-Kotto. Cette préfecture reste marquée par la présence de factions rebelles. Si le nombre de groupes armés a diminué depuis le pic de la crise, passant d’une vingtaine à quatorze entités reconnues, certaines milices continuent de contrôler de vastes territoires, en particulier dans l’est, aux frontières du Soudan et du Soudan du Sud. Depuis la fin de l’année 2025, les affrontements entre l’armée et ces groupes se sont intensifiés, provoquant le déplacement de dizaines de milliers de civils, majoritairement des femmes et des enfants.
Awa, l’une des élèves, avait 14 ans lorsqu’elle a été enlevée par l’Unité pour la paix en Centrafrique (UPC), l’une des principales formations rebelles du pays. Séquestrée durant environ trois mois, elle préfère ne pas évoquer cette période. « Aujourd’hui, je me sens bien. J’aime ce que je fais ici. D’autres enfants ont vécu la même chose que moi, et nous nous entraidons dans le travail », confie-t-elle, heureuse de goûter à une forme de normalité.
Amadou, 16 ans, a passé un an et demi au sein de l’UPC. Formé au métier de boulanger par l’ONG, il prépare chaque matin du pain et des beignets dans un four artisanal de son village. « On ne nous forçait pas à prendre les armes, mais nous étions là, comme des domestiques. Nous accomplissions les tâches les plus ingrates, sans repos. En plus, ils nous parlaient durement », raconte-t-il, laissant affleurer des souvenirs douloureux.
Pour ces enfants, parler de la violence passée reste une épreuve. Rachelle, qui suit une formation en élevage, a été contrainte à l’esclavage sexuel pendant un an, à l’âge de 14 ans. « Ils me forçaient à faire des choses. À la fin, je devais obéir, sinon les conséquences étaient graves », dit-elle avec courage. Elle ne peut en dire davantage. « Les pensées sont encore là. J’ai du mal à ne pas les voir », ajoute-t-elle, d’autant qu’elle reste sans nouvelles de sa mère, enlevée en même temps qu’elle.
En 2025, l’ONG Espérance, active depuis 2016 et financée en partie par l’UNICEF, a accompagné 52 élèves vers une réinsertion professionnelle. L’association propose un suivi psychosocial en complément des formations. Les récentes opérations de désarmement ont entraîné une hausse des demandes. « Avant, nous recevions un appel par mois. Aujourd’hui, c’est chaque semaine », indique Karl Malone, chargé du recensement des nouveaux cas d’enfants soldats dans la région de Bria. « Cette année, nous avons obtenu des financements pour aider cent enfants. Mais il y en a au moins cent dix-sept qui ont besoin d’aide, et nous ne pouvons pas tous les prendre en charge », regrette-t-il.
Comme d’autres secteurs de l’aide humanitaire, l’organisation a subi les conséquences de la réduction des financements internationaux, notamment ceux de l’USAID, l’agence américaine de développement démantelée après le retour de Donald Trump au pouvoir. Selon le dernier rapport annuel du Secrétaire général des Nations unies, le recrutement et l’utilisation d’enfants par les groupes armés restent la violation la plus fréquente des droits de l’enfant en Centrafrique, représentant 65 % des cas signalés. L’UNICEF estime qu’environ 2 000 enfants centrafricains seraient encore employés par des groupes armés.
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